Zéro-déchet, une mode ou une tendance de fond ?

Publié le Mis à jour le

« Zéro-déchet » semble être un mot à la mode en ce moment, mais que représente au juste ce concept ? Bien que sa définition diffère d’une personne à l’autre,  la mouvancet zéro déchet exige essentiellement que les gens produisent le moins de déchets possible.

Cela peut ressembler à une lutte pénible et sans fin dans un monde qui rend les choses si difficiles par une consommation qui semble effrénée. Nos supermarchés ont des fruits et légumes emballés dans du plastique, presque toutes les boissons gazeuses sont dans des bouteilles en plastique. On nous offre même des sacs en plastique pour y ranger nos provisions en vrac. Comme le rapporte le magazine Smithsonian, les sacs d’épicerie en plastique,  les contenants à emporter et même les serviettes de table sales ne peuvent être recyclés la plupart du temps, même s’ils sont faits de papier.

Il n’est donc pas facile d’essayer d’éviter le gaspillage. Cela demande un certain effort, mais quelques changements simples au mode de vie peuvent vraiment aider. Avoir une bouteille d’eau réutilisable en métal au lieu d’acheter de l’eau dans des bouteilles en plastique peut réduire vos déchets. Apporter des sacs fourre-tout lors de voyages de magasinage, acheter des vêtements d’occasion et composter les déchets alimentaires sont tous des moyens efficaces de réduire les déchets en général.

Et les entreprises sont en train de prendre conscience de l’intérêt nécessaire pour la durabilité. Au lieu d’utiliser des contenants ou des sacs en plastique, les clients sont encouragés à venir avec leurs propres contenants et à faire le plein de produits en vrac. Il y a aussi des compagnies cosmétiques comme Ethique, la première marque de produits de beauté sans déchets au monde, qui ont créé des articles de toilette solides et qui n’ont donc pas besoin d’utiliser de plastique.

Que nous signale au juste le concept de zéro-déchet ?

Pour les tenants de la mouvance environnementaliste, chacun devrait faire ce qu’il peut (dans la mesure de ses moyens) lorsqu’il s’agit de mener une vie plus durable et écologique (la vertu environnementale). Nous aurions tous la responsabilité d’aider à protéger la planète avant qu’il ne soit trop tard. C’est un peu comme si l’humanité était la gardienne de la planète, et qu’elle devait remettre à leur place tous ces pollueurs qui dégradent les écosystèmes.

S’occuper de la planète et trouver des moyens de lutter contre le changement climatique sont des sujets qui font l’objet d’un débat permanent, mais l’action en faveur du climat occupe une place centrale en ce moment. Et cette position n’est ni triviale ni banale, car elle engage à la fois les individus et les institutions, ce qui implique que l’argent des contribuables sera largement mobilisé pour appliquer les propositions environnementalistes.

En attendant que les gouvernements investissent massivement pour éviter l’extinction de l’humanité et l’effondrement écologique, chacun a donc un rôle à jouer dans la protection de la planète, mais s’il est parfois difficile de savoir quoi faire au quotidien, au-delà du recyclage, pour aider à résoudre ce problème urgent. En ce sens, il se pourrait bien qu’un mode de vie sans déchets pourrait être le changement que tous doivent impérativement introduire dans leurs vies. C’est ce que suggère le concept de zéro-déchet.

Comme en toutes choses, les concepts possèdent cette propriété à être récupérés à des fins politiques. Par exemple, le mouvement Extinction Rebellion — un mouvement social international créé en 2018 visant à susciter un changement radical, par le biais d’actions directes et d’une résistance non violente, afin de limiter le réchauffement climatique et de minimiser le risque d’extinction de l’humanité et d’effondrement écologique —, qui fait essentiellement dans le catastrophisme et l’alarmisme, a manifesté pendant plus de 10 jours en avril 2019 au centre de Londres. Les grèves de jeunes à travers le monde, avec en tête d’affiche, Greta Thünberg — « Elle peut voir du gaz carbonique (CO2) à l’œil nu. Elle le voit sortir des cheminées et transformer l’atmosphère en dépotoir » affirme sa mère  dans son livre intitulé Scènes du cœur, notre vie pour le climat —, et le mouvement Black Lives Matter, qui proteste continuellement contre le racisme environnemental, semblent indiquer que ce problème ne va pas disparaître et qu’il faudra la participation de tous pour le résoudre.

À cette enseigne, selon le National Geographic, 40 % de tout le plastique produit est un emballage qui n’est utilisé qu’une seule fois puis jeté, et 18 milliards de livres de déchets plastiques sont déversés dans les océans chaque année. Et comme la BBC rapporte que 8 300 millions de tonnes de plastique ont été produites au total, la moitié de ce plastique a été fabriqué au cours des 13 dernières années et, de tous les plastiques qui ont été jetés, seulement 9 % environ ont été recyclés, il est donc impératif de recycler, chacun à son échelle.

La calamythologie

Pour le chercheur André Desrochers, du Département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval, « un autre écueil à l’essor du mouvement environnementaliste est cette obsession à présenter la planète comme un bac rempli d’ordures en putréfaction, prêtant le flanc à toutes sortes de calamités. Je suis las de ces médias qui se complaisent à présenter la planète comme un malade en phase terminale (« il est minuit moins cinq », tout en se gardant bien sûr un petit « mais il n’est pas trop tard pour agir »). Comme plusieurs environnementalistes et citoyens ordinaires, j’ai longtemps pensé que nous courrions à notre perte à la vitesse grand V. Mais je suis de plus en plus surpris de voir cette planète se moquer de nos scénarios catastrophistes. Lire les manchettes fatalistes des quotidiens des années 70 à ce sujet ou encore le toujours divertissant Paul « la fin du monde » Ehrlich est éclairant. Je ne suis pas seul, de nombreuses personnes qui se sont penchées sur les problèmes environnementaux pendant des années arrivent au même constat : la fin du monde tarde à se pointer. Crier au loup sans cesse, voilà une autre cause de la profonde indifférence de la population envers les environnementalistes. »

Finalement, plus « la fin du monde tarde à se pointer », plus les catastrophistes et les alarmistes deviennent de plus en plus catastrophistes et alarmistes. C’est une voie sans issue. Il est possible d’avoir des convictions environnementales et même être de droite, sans pour autant verser dans l’apocalypse permanente.

En fait, il est possible de mettre en pratique le concept zéro-déchet sans penser que l’économie est une vaste conspiration contre la planète, ni sans verser dans la calamythologie.

Yvon Roché, urbaniste / Vancouver

Une réflexion au sujet de « Zéro-déchet, une mode ou une tendance de fond ? »

    Belsai a dit:
    21 mai 2019 à 12 h 09 min

    Pour moi le zéro déchet n’est pas une mode mais une conviction personnelle. Etre à zéro déchet est utopiste (je ne prône pas le zéro consommation) mais réduire ce que nous consommons, changer notre façon de faire en mieux est largement faisable et par tout le monde 🙂

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