Le discours mobilisateur, est-il possible d’en prévoir son évolution ?

Mon champ de recherche porte sur la mécanique et la dynamique des discours mobilisateurs. À partir de mes recherches académiques des 10 dernières années avec mon collègue Georges Vignaux, nous sommes parvenus à élaborer une grille d’analyse qui s’applique à presque tous les discours mobilisateurs.

Qu’entendons-nous par « discours mobilisateur » ? Tout discours qui parvient à mobiliser autant les institutions et les individus tout en installant un nouveau système normatif de valeurs sociales — un fait social total, en quelque sorte.

Pour le moment, comme nous l’avons démontré, le seul aspect que nous sommes parvenus à identifier, qui puisse prédire l’évolution d’un discours mobilisateur, est celui du processus de gradation de la charge symbolique qui se traduit comme suit : au fil du temps, les mythèmes connaissent une transformation croissante de leur charge symbolique (gradation) afin de mieux refléter le développement de la structure discursive du mythe, et les moments où se produisent cette gradation ont tendance à se rapprocher au fil du temps.

Par exemple, depuis les années 1960, les mythèmes du mythe environnementaliste sont ainsi passés de la pollution (1960), au trou dans la couche d’ozone (1970), au développement durable (1980), au gaz à effet de serre et au réchauffement climatique (1990), aux changements climatiques (2000), au dérèglement climatique (2014), à l’urgence climatique (2015), à l’effondrement climatique (2018).

Ce qui me manque pour le moment, c’est un formalisme fonctionnel qui puisse décrire comment un discours mobilisateur est susceptible d’évoluer. À l’évidence, je n’en suis pas à cette étape. Toutefois, quelques mois avant son décès (juillet 2019), mon collègue Georges Vignaux m’avait dit de relire son ouvrage « Le discours acteur du monde » et spécifiquement sur un aspect : « Tout discours dépendra donc du statut des arguments qu’il avance, en même temps que des particulirités qui l’accepte ou s’y reconnaît.1 »

Il y a donc là tout un travail de formalisation à faire sous forme d’équations à partir de la théorie des ensembles. En fait, nous avons toujours eu la conviction que la théorie des ensembles était une voie prometteuse. Reste maintenant à savoir si nous avions raison.

Malgré tout, Georges et moi avons toujours eu la conviction qu’il était possible de prévoir les différentes évolutions d’un discours mobilisateur. Il suffit juste que je dispose d’encore assez de temps pour y parvenir.

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020

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[1] Vignaux, G. (1988), Le discours acteur du monde, Paris : Éditions Ophrys, p. 39.

 

 

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