Les banques alimentaires, une croissance soutenue depuis 15 ans

►  À la banque alimentaire


Du début des années 1980 à venir jusqu’en 1997, le Canada a été confronté à des niveaux de pauvreté, de chômage et de sous-emploi jamais inégalés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Dans la foulée de ces changements, les communautés ont eu peine à trouver des mesures pour contrer cette montée de la faim et des sans-abri. Une solution s’est alors imposée : mettre sur pied des banques alimentaires en faisant appel à la générosité des citoyens, des entrepreneurs et des supermarchés.

Dans le même souffle, pour venir en aide aux sans-abri de plus en plus nombreux, de nouveaux organismes communautaires sont créés et ont pignon sur rue pour héberger plusieurs d’entre eux la nuit venue. Dans un pays nordique comme le Canada, en plein hiver, il s’agit plus que d’un service essentiel. Il s’agit avant tout de compassion humaine.

▼ Se rendre dans une banque alimentaire demande souvent de mettre sa fierté de côté

En 1989, au Canada, plus de 1,4 million de personnes bénéficiaient d’une assistance alimentaire. En 1997, ce nombre avait doublé1. Dans le même temps, deux nouvelles expressions pour traduire cette réalité apparaissaient : insécurité alimentaire et vulnérabilité nutritionnelle.

Ces nouvelles expressions seront rapidement intégrées dans la novlangue des politiciens à l’aune de la tendance du politically correct, car elles procureront un avantage certain à l’État en rendant plus difficile toute forme de contestation des mesures sociales qu’il prévoit mettre d’avant. Il n’est plus du tout question de la notion d’« avoir faim », mais bien de reléguer aux oubliettes ce concept beaucoup trop connoté pour le remplacer par quelque chose de mesurable.

▼ Dans une banque alimentaire, les choix se confinent à ce qui est disponible

Dire qu’il y a une vulnérabilité nutritionnelle permet de quantifier ce qui est déficient dans l’alimentation des personnes qui souffrent d’insécurité alimentaire. Tout ça n’est pas anodin et évacue en partie, par le fait même, toute idée de critiquer les positions de l’État, car ce dernier s’appuie sur des données mesurables, d’où la mise en application de certaines politiques censées amoindrir les impacts du fait d’avoir faim.

Aujourd’hui, la personne démunie n’a pas faim. Elle souffre d’insécurité alimentaire, ce qui est très différent, car un problème d’insécurité ne peut être une situation permanente, mais bien une situation ponctuelle. On ne meurt pas d’une insécurité.

▼ Dire qu’il y a une insécurité alimentaire permet de chiffrer des besoins et des populations

Dès 1999, au Canada, certaines femmes, vivant des situations inquiétantes de pauvreté, préféraient se priver de leur propre repas pour augmenter la portion alimentaire de leurs enfants2. En 2001, réagissant à cette situation, le gouvernement du Québec consentait une somme de 815 millions de dollars, répartie sur trois ans, pour lutter contre ce mal rampant, dont 100 millions dévolus à des investissements structurants devant favoriser l’émergence de nouvelles initiatives de solidarité sociale. Quinze ans plus tard, force est de constater l’échec de telles mesures, car de tous les secteurs d’activité économique de la province de Québec, celui des banques alimentaires n’a cessé de croître depuis 2001.

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020 / texte et photos

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1 Tarasuk, V. S., Beaton, G. H. (1999), « Household Food Insecurity and Hunger Among Families Using Food Bank », Canadian Journal of Public Health, vol. 90, n° 2, p. 109-113.

2 Hamelin, A. N., Bolduc, N. (2003), « La sécurité alimentaire à l’agenda politique québécois », Service social, vol. 50, n° 1, p. 57-80.

 

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