Selfie en mode touriste

À Québec, chaque année, l’industrie du tourisme amène plusieurs groupes en provenance de différents pays. Les touristes asiatiques, bardés d’appareils photographiques de toutes sortes, se démarquent tout particulièrement. De ceux-ci, ceux qui se démarquent plus spécifiquement sont bien les touristes japonais. Non seulement les voit-on prendre de grandes quantités de photos, mais il est aussi intéressant de constater à quel point ils s’investissent dans le selfie.

C’est donc ce phénomène que j’ai voulu montrer à travers cette séquence de photos prises le 16 mai 2016 dans les environs de la Terrasse Dufferin attenante au Château Frontenac situé dans le Vieux-Québec. Comme la photographie fait inévitablement partie d’un voyage, qu’elle le documente en quelque sorte, j’ai tenté de mettre en exergue les attitudes et les postures du corps du touriste dans sa quête de la « bonne » photo qui enrichira à souhait les souvenirs personnels et familiaux.

Et ma position, à ce sujet, va comme suit : la photographie permet de documenter un voyage, et elle le fait sur le mode de la différenciation par rapport à la culture d’origine du touriste. Elle montre les différences culturelles, en précise le pittoresque ainsi que son côté singulier et spécial, souligne les différences architecturales, saisit la nature dans tout ce qu’elle a de dissemblable, de distinct, d’original et de particulier. Avec les appareils numériques, de plus en plus performants et de plus en plus accessibles, il faut se rendre à une évidence : le monde est actuellement de plus en plus visuellement documenté. Mais il l’est aussi avec soi en toile de fond.

Si le touriste d’avant le téléphone intelligent ne se mettait pas lui-même en scène, voilà que ce dernier rend désormais possible le fait de s’incruster soi-même dans la trame visuelle d’une autre société. Tout ceci n’est pas anodin, car c’est aussi une nouvelle façon d’exister en montrant à son cercle d’amis, dans l’instantané, à travers des applications comme Instagram, Flickr, Facebook et Twitter, que l’on fait aussi quelque chose de passionnant de sa vie. Partant de là, il devient possible d’accéder par procuration à la vie de certaines personnes à travers les images qu’elles ont publiées, nous donnant ainsi accès à leur niveau de popularité quantifié en mentions « J’aime ».

D’ailleurs, les deux photographies précédentes rendent bien compte de ce phénomène. Elles sont la démonstration éclatante du double selfie, c’est-à-dire photographier celle qui prend un selfie (touriste de gauche) tout en se voyant soi-même (touriste de droite) dans le téléphone intelligent de la touriste de gauche.

C’est l’ultime selfie, l’ultime représentation de soi-même, se tenir par la main dans une position quelque peu inconfortable pour photographier celle qui prend un selfie afin d’avoir un effet de contre-plongée de soi-même.

© Olivier Moisan-Dufour (Arts visuels et médiatiques), 2016 / texte et photos

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