Le documentaire en temps de COVID-19

Tourner un documentaire ? Je veux bien, mais comment s’y prendre en temps de pandémie ? S’il est tout à fait légitime de se poser une telle question, car tourner un documentaire implique quelques personnes, des solutions existent et il est possible de parvenir à la distanciation physique sans trop de problèmes.

La première de ces solutions est de tout faire soi-même, c’est-à-dire s’assurer de l’éclairage, tout comme réaliser la captation audio et vidéo. Avec la technologie actuellement disponible, c’est chose possible. Il va sans dire que la captation audio étant depuis toujours la bête noire — une bonne captation vidéo ne suppléera jamais à une mauvaise captation audio —, il faudra porter une attention toute particulière à celle-ci. On aura donc intérêt à essayer différentes formules chez soi pour y parvenir dans différents contextes (caption intérieure ou extérieure).

Ces contraintes nous ramènent inévitablement au B.A.-BA du documentaire, à savoir connaître toutes les étapes qui en constitue la captation. Une fois les rushs disponibles, encore là, si on peut réaliser soit même le montage et la post-production, ce sera là un avantage supplémentaire en termes de coûts financiers — l’argent est rare en temps de pandémie.

Autrement, quel sujet tourner se demanderont certains ? En fait, il y a fort à parier que plusieurs proposeront de tourner un documentaire concernant à la fois le confinement et le déconfinement. Certes, il s’agit là de sujets intéressants, mais ce sont aussi là des sujets tellement convenus — donc, manque d’originalité totale. D’autres voudront faire un documentaire sur les familles qui ont perdu un parent dans les Centre d’hébergement de soins de longue durée, alors que leurs conditions de vie et sanitaires étaient devenues intenables — encore là, mauvaise idée, les médias ayant déjà couvert largement cet aspect.

Que faut-il donc tourner ? À mon avis, un documentaire sur le travail des médias en temps de pandémie serait, quant à  lui, fort original.

Depuis que j’ai lu La fabrique du consentement de Chomsky en 1989, j’ai développé une très grande méfiance envers les médias de masse. Toutefois, en temps de crise sanitaire, malgré tous les travers inhérents aux médias, je leur ai trouvé certaines qualités. Si on met de côté les chroniqueurs, et si on ne s’en tient qu’aux articles ou reportages journalistiques factuels et au journalisme d’enquête, alors là, effectivement, les médias ont gagné en crédibilité.

Donc, un documentaire qui exploiterait ce filon serait en mesure de faire un véritable travail à la fois sociologique et anthropologique, car il montrerait comment l’un des présumés rouages de la démocratie effectue de façon concrète son travail, avec ses travers et ses bons coups.
Il y a là de quoi tourner plus qu’un seul documentaire !
© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue / texte
© Sam McGhee, photo entête

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