J’ai faim, l’invisible réalité

Publié le Mis à jour le

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Il existe deux types de société au Québec. L’une, invisible, qu’on ne voit pas et qu’on ne veut surtout pas voir, c’est-à-dire celle de la faim et de l’humiliation dont les rangs croissent au rythme de 3 à 4% chaque année. Il y a aussi l’autre, celle que l’on voit chaque jour et qui cache merveilleusement bien la première. Dans cette société où tout semble bien aller, il y a forcément plein de gens endettés à qui des politiciens disent que tout va bien, mais pour que ça aille encore mieux, ces derniers disent qu’il faut couper dans celle que l’on ne veut pas voir et qui va déjà très mal.


Balado


Vidéo


Commentaire

Combler un besoin de base aussi vital que celui de se nourrir, voilà ce à quoi certains de nos concitoyens, dans les pays développés, sont confrontés. Dans la seule région de Québec, au Canada, en 2019, sur une population de plus de 950 000 personnes, plus de 2,3 millions de repas ont été servis à des gens vivant une situation de pauvreté, 35 400 personnes ont été aidées chaque mois, 42 % d’entre elles avaient moins de 18 ans, et de ces 38 000 personnes, plus de 80 % avaient un revenu provenant d’un emploi à salaire minimum, 45 % étaient des familles. Toutes ces données nous en disent très long sur notre propre société, celle d’un échec à venir en aide à tous ceux qui sont dans le besoin.

On dit désormais de ces gens qui fréquentent les banques alimentaires qu’ils sont défavorisés (n’ont pas été chanceux — une condition) plutôt que de dire qu’ils sont pauvres (vivent une condition imposée par le système — un processus). Le sociologue Herbert Marcuse, dans les années 1960, disait que nous n’aurions bientôt plus de mots adéquats pour décrire la réalité du capitalisme, tellement ceux-ci seraient aplanis pour rendre l’individu totalement responsable de sa condition. À ce titre, les gouvernements ne font plus dans l’austérité, ils font dans la rigueur budgétaire. Pourtant, l’austérité est bien le mot qui s’impose pour décrire un processus qui exploite les moins nantis de la société.

Quand un politicien dit que son gouvernement est responsable et fait dans la rigueur budgétaire pour le plus grand bien de tous, et quand il dit qu’en coupant dans les services de base aux citoyens, que la qualité de ceux-ci ne seront pas affectés, ce dernier dit essentiellement qu’il continuera autant que faire se peut de rendre l’individu totalement et intégralement responsable de sa condition afin qu’il requiert de moins en moins de services de l’État.

Je vous propose donc de visionner cette vidéo qui montre comment on aide des gens qui n’ont pas été « chanceux » à se nourrir. En somme, j’ai voulu ce petit projet comme un hommage à notre cynisme collectif, qui se porte fort bien par ailleurs.

Bon visionnement !!!

© Pierre Fraser (Ph. D.), 2017 / réalisation et montage


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