Du foie gras au macaroni

Du foie gras au macaroni, c’est aussi la métaphore de se nourrir en tant que pauvre ou nanti. Le foie gras au torchon est un aliment élitiste, aliment de foodie et de distinction sociale disponible dans les boutiques spécialisées pendant la période du temps des fêtes, tandis que le macaroni, nourriture de pauvres, nourriture d’indistinction sociale est aussi disponible dans les banques alimentaires. Cependant, ces photos pointent aussi des tendances prenant forme d’images, de métaphores.

Certes, il existe des symboles liés au luxe dont fait partie le foie gras, mais certains de ceux-ci sont des produits de luxe ritualisés dans un contexte social, la période de Noël. Par exemple, il suffit de parler à un gascon, qui vous confirmera sans équivoque que le foie gras c’est à Noël, parce que les oies ont été gavées à cette époque, et que c’est un produit du terroir dans lequel se reconnaît une certaine communauté culturelle. Donc, si le foie gras est commun dans le Sud-Ouest de la France, il est luxueux à Paris ou à l’étranger. Ainsi, le foie gras n’est pas le signe du riche, mais plutôt le signe de la tendance vers la « distinction » au sens de Bourdieu, c’est-à-dire que ça fait chic, que c’est exceptionnel, tandis que le macaroni est un aliment commun, de tous les jours, sans distinction particulière.

Le foie gras au torchon

Partant de cette différenciation sociale entre foie gras au torchon et le macaroni, on pourrait être tenté de visualiser ce à quoi pourrait bien ressembler la différence entre manger pour le plaisir et manger pour combler ce simple besoin de base qu’est le fait de se nourrir et la photographie permet de le faire.

Les deux photos ci-dessous montrent comment il est possible d’y parvenir. La première photo, que j’ai intitulé « La main qui a faim », et la seconde que j’ai intitulé « La main qui déguste », saisissent bien la posture de la main de chacune de ces jeunes femmes. Et comme les postures corporelles signalent l’appartenance à une classe sociale, et comme la présentation des aliments est rudimentaire pour les gens défavorisés, alors la présentation est plus sophistiquée pour les favorisés, il est bien évident que tous ne sont pas égaux face à la consommation alimentaire.

La main qui a faim (banque alimentaire)
La main qui déguste (marché public)

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2016

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