Présentation des denrées dans une banque alimentaire

Photo|SociétéEntre marché public et banque alimentaire

La banque alimentaire, tout comme le marché public, est confrontée à une seule et même contrainte : rendre accessibles le plus facilement possible les produits offerts gratuitement. Cependant, il y a une différence, et cette différence est majeure : alors que le commerçant du marché public joue d’ingéniosité dans la mise en valeur de ses produits pour attirer le consommateur, la banque alimentaire n’a pas à se préoccuper de cette portion de la transaction commerciale : les produits sont disposés pêle-mêle sur des tables alignées les unes à la suite des autres. Il s’agit de mettre en place un circuit de denrées et de produits, un peu comme à la cafétéria, où le bénéficiaire se sert à la carte à travers une offre souvent fort limitée de produits.

Les tables sont disposées de façon à former un rectangle dans le but de réguler le flux des bénéficiaires qui se serviront

Il faut également poser un autre constat qui n’est pas anodin. Souvent, les banques alimentaires s’installent dans des locaux de fortune. Portez une attention toute particulière à l’aménagement du local de cette banque alimentaire. Comme il s’agit de l’entrepôt d’un ancien commerce de produits sanitaires, les lieux sont restés en l’état. Aucun aménagement particulier n’y a été fait pour agrémenter l’espace, sans compter que, en dehors du jeudi de chaque semaine, cette portion de l’entrepôt est dédiée au transit des marchandises livrées. Ce n’est que le jeudi matin venu que l’espace est réorganisé de façon à accueillir les bénéficiaires de 13 h jusqu’à 17 h. En somme, l’apparence générale des lieux ne paie pas de mine, un peu à l’image de certains bénéficiaires. Et il ne s’agit pas là d’un jugement de valeur, mais bien d’un constat. D’une part, le côté léché d’un marché public pour séduire une clientèle qui a de l’argent à dépenser. D’autre part, le côté banal et ordinaire d’une banque alimentaire pour simplement distribuer des denrées alimentaires et autres produits de toutes sortes. Il ne faut surtout pas voir là une logique binaire, mais bien la mise en opposition de deux aménagements dont la finalité est la même, à savoir nourrir des gens, qui se situe dans une logique commerciale différente.

Les produits sont présentés pêle-mêle

Les photos précédentes révèlent aussi une autre logique qui est la même qui prévaut autant pour les commerçants du marché public, que d’une épicerie, que d’un supermarché ou d’une banque alimentaire : l’approvisionnement des produits (achat, dons, collecte) ; le transport des denrées à différents stades d’acheminement, par des prestataires ou les associations caritatives elles-mêmes ; l’entreposage des denrées ; la manutention et la préparation des commandes et des lots à distribuer ; la distribution des produits alimentaires aux bénéficiaires par les organismes caritatifs.

Pour une banque alimentaire, le défi est d’autant plus grand, car la plupart de ces étapes sont assurées par des bénévoles, et surtout par le fait que, par la variété des produits distribués (épicerie, surgelés, réfrigérés), et notamment au caractère périssable, voire parfois très périssable des produits, et par la nature même du public qui bénéficie de l’aide alimentaire, il est indispensable d’assurer la sécurité des aliments à chaque étape de la filière. Autrement dit, la banque alimentaire ne peut se soustraire à l’exigence de salubrité des aliments.

Une bénévole dépose des oignons dans le sac d’une bénéficiaire. Ici, pas d’emballage sophistiqué

La logique de présentation des produits, dans une banque alimentaire, n’a pas à entrer dans une démarche commerciale de mise en valeur de ceux-ci. Le bénéficiaire n’est pas là pour acheter un produit en fonction de ses préférences, mais il est bien là pour combler un besoin aussi fondamental que celui de se nourrir. Certes, le bénéficiaire a la possibilité de choisir les produits qu’il préfère consommer, mais cette possibilité est d’autant limitée que le choix de produits offerts est lui-même limité. Conséquemment, comme le soulignait un bénéficiaire, « On prend ce qu’il y a et on fait pas trop la fine gueule… ».

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2016

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