Le défi du photographe, saisir l’intangible

Photo|Société ➔ Sociologie visuelle


Définition
Si un territoire visuel est bel et bien constitué de réseaux visuels (social et sociétal) et de parcours visuels (espace et territoire), ceux-ci doivent être visibles et se manifester de différentes façons.

La photo ci-dessus est éloquente à ce sujet[1]. À l’avant-plan, un homme et une femme âgées portant des manteaux d’hiver usés et élimés signalent leur appartenance à une classe sociale peu favorisée dans un quartier de plus en plus embourgeoisé. On y retrouve donc là le social, c’est-à-dire l’ensemble des rapports que ces deux individus sont susceptibles d’entretenir avec les autres membres de leur quartier, qu’ils soient ou non économiquement favorisés, et le sociétal, c’est-à-dire les différents aspects de la vie sociale de ces individus par rapport au quartier dans lequel ils habitent. L’idée centrale de ce type de quartier est de favoriser une certaine mixité sociale, à savoir, la solidarité sociale à l’échelle du quartier, la promotion de l’égalité des chances dans une optique de réduction des inégalités sociales et le droit au maintien des gens moins favorisés dans leur milieu de vie[2]. Cette mixité sociale est par la force des choses réseau visuel, car se superposent à la fois le réseau visuel de la favorisation et celui de la défavorisation qui chacun possèdent leurs propres repères visuels.

En matière de parcours visuel (espace et territoire), tout l’espace physique est structuré autour de repères visuels destinés à signaler l’embourgeoisement progressif du quartier par un aménagement spécifique, depuis le type de mobilier urbain, en passant par la conservation de bâtiments âgés bien entretenus, jusqu’aux commerces de proximité destinés à une clientèle favorisée côtoyant des services d’aide sociale destinés à une clientèle moins nantie. Ici, réseaux visuels et parcours visuels se superposent, constitués de plusieurs couches de représentations sociales que rend directement accessible la photographie. Autrement, les innombrables repères visuels disséminés partout dans ce quartier circonscrivent un territoire social invisible, sous-jacent, en épaisseur, qui se superpose à l’espace géographique, d’où des repères, des parcours, des franges et des réseaux visuels qui régissent la vie sociale dans son ensemble.

Le défi pour le sociologue-photographe est bien de parvenir à « saisir » le territoire visuel dans lequel il évolue afin d’en faire ressortir à la fois les réseaux visuels (l’intangible) qui le traversent tout comme les parcours visuels (le tangible) qui le constituent.

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2020


[1] Photo prise dans le quartier St-Roch de la ville de Québec le 30 mars 2015.

[2] Dansereau, F., Charbonneau, S., Morin, R. et al. (2002), La mixité sociale en habitation, Rapport de recherche réalisé pour le Service de l’habitation de la Ville de Montréal, p. 111.

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