Trois documentaires sur le patrimoine religieux

En 2015, j’ai réalisé le documentaire Requiem pour une église qui a rendu compte du processus de fermeture d’une église. En 2018, j’ai poursuivi avec le documentaire Au-delà du sacré, le défi du patrimoine religieux, afin de donner la parole aux différents acteurs sociaux impliqués dans la reconversion de l’ensemble des églises du Québec. À l’été 2021, j’entamerai le tournage du documentaire La reconversion du patrimoine religieux au Québec, qui se concentrera sur les initiatives de reconversion de ces bâtiments qui ont réussies ou qui sont en voie de l’être. On peut donc considérer qu’il s’agit là d’une trilogie.

Toutefois, une question m’est souvent posée : Pourquoi investir autant de temps à traiter d’un sujet qui n’intéresse presque plus personne, surtout dans le contexte d’une société québécoise qui se veut de plus en plus laïque ?

En fait, il y a un devoir de mémoire qui ne peut être balayé du revers de la main. Certes, la société québécoise, avec la Révolution tranquille, au début des années 1960, a rejeté en bloc la religion catholique et a rapidement procédé à son évacuation de l’espace public, mais elle s’est en même temps privée de ses racines. Heureusement, la pierre étant plus solide et pérenne que les idées, plusieurs églises de notre passé catholique sont encore debout. Elles témoignent ainsi que notre société a un passé, bien réel celui-ci.

Faire ce type de documentaire, c’est aussi faire contrepoids au courant woke qui cherche par tous les moyens possibles à oblitérer notre passé collectif, à le décréter fondateur des injustices sociales contemporaines, à nous faire croire que la civilisation judéo-chrétienne blanche a été à la source de toutes les abominations imaginables. Certes, la religion catholique n’est pas sans reproche. Toutefois, elle a permis, ici, en cette terre d’Amérique, qu’une nation francophone, pendant plus de 400 ans, ait pu s’enraciner et devenir ce qu’elle est aujourd’hui.

Ces trois documentaires sont donc un témoignage de ce qui a construit le Québec, de ce qui l’a édifié. À mon avis, on regrettera peut-être un jour de s’être débrassé aussi facilement et cavalièrement de ce patrimoine religieux bâti, car du moment où le passé devient invisible en rasant des églises, c’est le passé d’un peuple qui est lui-même relégué aux oubliettes de l’histoire. Et comme la démographie des Québécois de souche est sur une pente descendante plus qu’inquiétante, il ne nous reste que 2 ou 3 générations pour conserver ce qui reste de notre passé.

Voilà pourquoi je poursuis inlassablement mon travail de sociologue, de socio-cinéaste, de producteur et de réalisateur afin que notre passé ne sombre pas dans l’oubli.

© Pierre Fraser (Ph.D.), sociologue, 2021

4 commentaires

  1. Merci M. P. Fraser de laisser ces témoignages de notre passé et je suis pleinement d’accord avec vous et vous encourage à continuer.
    Alphonse Rheault

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  2. Je partage tout à fait les mots de M. Rheault : c’est magnifique le travail important que vous avez entrepris pour la sauvegarde de ce pan importante de notre patrimoine architectural. Oui, merci pour votre très précieuse contribution! Denis Castonguay

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