L’entretien photographique

© Pierre Fraser, 2015

Mise en récit : ces deux photos doivent conduire à une mise en récit qui intègre les deux étapes précédentes, c’est-à-dire que ces deux photos, d’une part, ont délibérément été choisies pour raconter quelque chose de cohérent — cohérence qu’il s’agit de restituer —, et d’autre part, le contact avec l’image doit inciter à produire un récit à propos de tout ou partie des photos où la première photo révèle les vêtements élimés d’un homme qui fume en milieu urbain à l’intersection de deux rues achalandées, tandis que la seconde révèle des vêtements de bonne qualité d’un homme qui observe la nature dans un boisé urbain .

© Pierre Fraser, 2017

Possibilités d’interprétation : la mise en récit n’épuise pas pour autant toutes les possibilités, car elles désignent aussi un continuum narratif compris entre deux pôles. En d’autres termes, bien souvent, derrière un propos généralisant (constatif, esthétique, moral), se profile une expérience vécue pour celui qui regarde ces photos, une relation à un proche, sur un mode finalement inductif.

Sur un déambulateur

Citer cet article
Fraser, P. (2021). « L’entretien photographique ». Revue de Sociologie Visuelle : Territoires visuels, vol. 1, n°1 , p. 14-17. ISBN : 978-2-923690-6-2.

Ces deux photos doivent conduire à une production de sens, à une généralisation, à une mise en récit et à différentes possibilités d’interprétation.

Production de sens : ces deux photos présentent deux hommes assis sur un déambulateur dans deux contextes différents.

Généralisation : ces deux photo doivent susciter chez celui qui les regarde un jugement global sur la situation sociale des deux hommes assis sur leurs déambulateurs — celui de gauche est installé à l’intersection des rues Saint-Joseph et Du Pont dans le quartier Saint-Roch de Québec, un quartier en processus accéléré d’embourgeoisement où se vit la mixité sociale, et celui de droite se retrouve au Parc Chauveau, un parc urbain inscrit dans l’un des quartiers favorisés de la ville Québec.

Des commerçants chinois

A Chinese merchant’s family (Edward Bangs Drew, 1886)

Si on ne dispose pas des codes requis pour analyser une photo, il devient alors impossible de produire un récit à propos de celle-ci. Cette photo, prise en 1886 par le commissionnaire de service Edward Bangs Drew (1843-1924) de la Chinese Maritime Customs Service des États-Unis, alors en service à Shangaï, renvoie justement à cette difficulté. Comment interpréter l’habillement des gens représentés sur cette photo, comment déceler les codes sociaux liés aux liens familiaux, comment situer le statut social de cette famille de l’avant-dernière décennie du XIXe siècle si on ne dispose ni des codes sociaux et culturels requis ? La question de posséder les codes sociaux et culturels requis pour analyser adéquatement une photo s’applique-t-elle aussi à des photos prises dans le contexte de vie d’un individu lui-même immergé dans sa propre culture ? Un jeune étudiant d’aujourd’hui peut-il analyser efficacement une photo datant de 1930 renvoyant à des pratiques religieuses catholiques comme la confirmation et la profession de foi ? Rien n’est moins certain.

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