La représentation visuelle du monde

Il est possible de dégager trois prémisses qui gouvernent la sociologie visuelle : (i) représenter le monde sous forme visuelle est différent de représenter le monde par les mots et/ou les nombres ; (ii) représenter le monde sous forme visuelle dépend de la position sociale de celui qui voit ; (iii) considérer que « voir » est une construction sociale au cœur même de la démarche de la sociologie visuelle. En fait, le monde qui est vu, photographié, dessiné ou autrement représenté sous une quelconque forme visuelle, est différent du monde qui est représenté par les mots et les nombres. Conséquemment, la sociologie visuelle mène à une nouvelle compréhension de celui-ci, par le simple fait qu’elle connecte à des réalités différentes insaisissables par la recherche empirique. Le monde derrière les statistiques existe bel et bien (tous ces gens qui ont coché une case d’un questionnaire à un moment ou l’autre de leur vie), mais le monde des nombres est une réalité abstraite tout en étant celle qui est la plus acceptée et reconnue dans la recherche en sciences sociales.

À l’inverse, le monde qui est vu, photographié, filmé, peint ou virtuellement reproduit, existe aussi sous une forme complexe et problématique, mais n’est pas pour autant moins adapté à l’étude sociologique que le monde derrière les nombres. Représenter visuellement le monde est à la fois complexe et compliqué. Complexe, dans le sens où cette représentation visuelle dépend des limites des technologies disponibles. Compliqué, dans le sens où voir est tributaire de la position sociale de celui qui voit : histoire personnelle, sexe, âge, ethnicité, instruction et une multitude d’autres facteurs qui conduisent une personne à interpréter le message ou le discours véhiculé par une image à partir d’un angle de vue particulier, sans compter que cette construction de sens acquiert des significations successives au fur et à mesure qu’elle est interprétée par différentes audiences.

© Texte : Georges Vignaux, Pierre Fraser, 2018
© Photo de l’entête : Denis Harvey
© Photos : Pierre Fraser, 2014

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