Lieux-mouvements

Les quartiers touristiques représentent l’une des multiples facettes de ce qu’est un lieu-mouvements. (© Photo : Pierre Fraser, 2018)

Définition

Un lieu-mouvements est un espace au sens fort de la plénitude sociale. Un lieu-mouvements se constitue comme lieu de connectivités concrètes et symboliques. Ces connectivités résident autant dans les pratiques de cet espace que dans les différents plans de lectures cognitives et symboliques que cet espace favorisera à travers ses repères, ses parcours et des réseaux. Cela prend forme d’ancrages concrets dans l’espace social : types de publics et d’habitants, stratégies d’adaptation et d’appropriation, interactions entre commerces, services et opportunités variées, flux de circulation.

À travers leurs réseaux visuels et leurs parcours visuels, la ville, le milieu rural, et les lieux dédiés aux manifestations culturelles, sportives, religieuses ou autres disposent d’un ou plusieurs lieux-mouvements. En ce sens, il est possible de dire que les gens « écrivent » ces espaces en termes de temporalités d’occupation, de perception et de déplacement au travers de ces mêmes espaces.

L’accessibilité d’un espace est donc tributaire de la question de sa structure, de ses aménagements et de ses perceptions chez les gens : c’est là que se fonde l’occupation de ces lieux, leurs formes et leurs problématiques. Les « porosités » entre tous ces espaces — aucun espace n’est une bulle isolée des autres espaces — auront pour conséquence que toute fonction préalablement définie se verra progressivement « digérée » par une autre (du touristique au commercial, du festif au culturel, du religieux au profane). Par exemple, les espaces du mouvement de la ville sont constitutifs de la ville même, au sens qu’ils sont autant figures métonymiques de l’urbain et de ses transformations que « bassins attracteurs » (au sens topologique) concentrant des populations, les unes en transit, les autres attirées là par une polarisation particulière de l’espace urbain, sous forme de territoires clos ou de nœud d’échanges.

Par exemple, la photo de gauche, prise dans le quartier Petit Champlain du Vieux-Québec, est représentative de la notion de lieu-mouvements. Certes, les quartiers touristiques sont forcément des lieux-mouvements, mais il en va de même des amphithéâtres, des centres commerciaux, des supermarchés, des lieux de culte, des lieux culturels.

En somme, partout là où la rencontre sociale se produit il y a lieu-mouvements et une analyse fine de ces lieux-mouvements doit fournir une connaissance des modalités selon lesquelles s’opèrent des logiques territoriales selon les rapports « interne/externe » (le lieu par rapport à ce qui l’irrigue et à ce qu’il renvoie en retour) et « ouvert/fermé » (jeux sur les frontières et délimitations). Il s’agit ici d’une double problématique, laquelle se constitue « en miroir », à savoir cette interaction continue qui fait la ville, entre constitution de pôles et concentrations nouvelles mettant en question ces pôles mêmes,

En fait, qu’est-ce qui fait lien à l’intérieur et lien de l’intérieur à l’extérieur ? C’est un peu comme si tout mouvement de l’urbain et sur la durée s’opérait par adhérence, c’est-à-dire par connectivités de proche en proche entre déplacements et activités, connectivités constitutives, chaque fois, de territoires déterminés. Ainsi, à partir de ces flux, et sur des durées tantôt longues tantôt brèves, la ville se constitue, se transforme. Repérer les lieux-mouvements c’est aussi montrer comment les parcours visuels sont utilisés, comment ils dynamisent des interactions sociales, comment ils créent du lien social.

En somme, l’important est de comprendre et d’analyser comment certains lieux s’articulent au sens fort de ces lieux en ce qu’ils se situent au croisement de réseaux de parcours et attirent (bassins attracteurs) les gens qui s’y retrouvent en fonction de buts précis, voire de familiarités.

© Texte : Georges Vignaux, Pierre Fraser, 2018
© Photos : Pierre Fraser, 2017

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