Consommation

L’élimination du plastique : l’essor des épiceries sans déchets

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Partout dans le monde, on s’efforce de réduire les déchets plastiques. Le mouvement s’est accéléré dans de nombreuses villes, les hôtels, les restaurants et les magasins réduisant ainsi l’utilisation d’articles à usage unique, comme les pailles et les sacs en plastique.

La plupart de ces déchets sont utilisés dans les emballages et plusieurs d’entre eux sont inutiles, de l’emballage d’avocats et d’oranges dans des emballages individuels en plastique dans des endroits comme Hong Kong, à des boîtes ou des emballages en cellophane dans les États. Certaines emballent même les pommes dans des coquilles de plastique dur, les bananes dans des plateaux de mousse. Dans des endroits comme le Japon, les fraises sont emballées dans un filet de mousse avant d’être mises dans une paille en plastique et vendues dans une pellicule plastique.

Dans le passé, la Chine recyclait plus de la moitié des déchets dans le monde, mais depuis qu’elle a cessé d’accepter des déchets, les millions de tonnes de ces déchets ont été laissées sans surveillance à de nombreuses reprises. Dans de nombreux pays, les fibres plastiques contaminent l’eau du robinet.

L’année dernière, la campagne contre la paille en plastique a créé « L’année de la paille ». De grandes entreprises comme Starbucks et McDonalds se sont engagées à réduire ou à éliminer progressivement l’utilisation de la paille de plastique. Loop, une nouvelle plateforme d’achat sans déchets, s’est associée à des entreprises mondiales comme Coca-Cola, Nestlé, Proctor & Gamble pour produire des produits de marque dans des conteneurs réutilisables. Cela signifie qu’au lieu d’utiliser des récipients en plastique pour emballer les marchandises et de devoir les jeter à la poubelle, Loop collecte les emballages réutilisables et les prépare pour une nouvelle utilisation.

Cela ne serait pas possible non plus sans l’aide des gouvernements. Le Parlement européen a approuvé l’interdiction des plastiques à usage unique (couverts, pailles et bâtons) dans toute l’Union Européenne. La Première ministre britannique Theresa May a approuvé un plan visant à éliminer les déchets plastiques évitables dans les supermarchés britanniques, avec des taxes sur les conteneurs à usage unique. Aux États-Unis, l’État de Californie interdit les sacs en plastique à usage unique dans les grands magasins de détail. Hong Kong, pour sa part, prévoit de mettre en œuvre un système de gestion des déchets plastiques dans les bâtiments.

Avec de tels facteurs clés dans le mouvement en faveur de l’élimination totale des déchets, il est plus facile de comprendre pourquoi il y a une augmentation du nombre d’épiceries sans déchets. Aux États-Unis, Precycle à Brooklyn est l’un de ces magasins qui vendent des produits locaux biologiques et des aliments en vrac sans emballage. La fondatrice, Katerina Bogatireva, a dit qu’elle s’était inspirée de l’initiative Original Unverpackt basée à Berlin.

Au Canada, Nada s’en sort très bien et aurait ainsi détourné plus de 30 500 conteneurs des sites d’enfouissement. Ils ont également lancé un café sans déchets où les visiteurs sont encouragés à apporter leurs propres tasses de la maison. À Denver, Zero Market est également l’un des principaux acteurs de la lutte contre les déchets plastiques dans l’environnement.

À Hong Kong, Live Zero et Edgar sont deux magasins très populaires. Live Zero, qui est plutôt un magasin de gros, conserve ses articles dans des bacs ou des distributeurs en libre-service transparents qui sont ensuite versés dans des contenants que vous apportez de chez vous, sans emballage plastique. Edgar est plus une épicerie et offre même des contenants réutilisables pour l’emballage plutôt que du plastique.

Peu à peu, le changement s’impose partout dans le monde. Il y a maintenant des supermarchés à Amsterdam (les premiers du genre dans l’UE), tandis que Waitrose vend maintenant des pâtes dans des boîtes faites de déchets alimentaires.

Grâce à l’action des législateurs et des entreprises mondiales, les épiceries sans déchets continueront d’augmenter, car elles offrent une solution au problème de la durabilité de l’environnement.

© Texte, Roxane Johnston, 2019
© Photo entête, Nada Grocery

 

Vert, bio et zéro déchet, l’essor du supermarché éthique

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Dans les supermarchés qui bannissent le plastique, luttent contre le gaspillage alimentaire et nourrissent les affamés, il y a là une tendance de fond qui n’est pas à négliger.

Partout dans le monde, une nouvelle vague de supermarchés à faible impact nous encourage à repenser notre consommation de produits et à nous engager écologiquement dans nos propres espaces publics locaux.

Les pionniers derrière ces entreprises locales cherchent un nouveau modèle économique, un modèle qui défend la communauté, embrasse l’environnement, et remplace le consumérisme aveugle par l’empathie et la compassion pour l’environnement. Ils prônent le commerce et l’approvisionnement de proximité, interdisent les sacs de plastique, n’installent pas de caisses en libre-service, minimisent les emballages, éliminent les déchets de façon drastique, réduisent autant que faire se peut leur empreinte carbone.

Par exemple, les supermarchés britanniques jettent chaque année au moins 115 000 tonnes de nourriture en parfait état, tandis que plus de 8 millions de personnes luttent pour mettre de la nourriture sur leur table. Le Real Junk Food Project s’attaque à ce paradoxe honteux. Depuis 2012, il s’assure que la nourriture arrive dans les mains de ceux qui ont faim, plutôt que dans le fond des poubelles. Après avoir lancé un réseau de cafés payants dirigés par des bénévoles, ils ont étendu leur modèle d’économie de surplus à l’atelier, ouvrant l’un des premiers supermarchés de déchets alimentaires, dans un entrepôt situé à Leeds. Bien que l’« antisupermarché » aide principalement les personnes à faible revenu, les responsables du projet croient qu’il devrait être accessible à tous. En fait, si on dispose d’un environnement inclusif, on diminue d’autant la stigmatisation sociale, parce qu’il faut ne jamais oublier que se nourrir est un droit humain fondamental.

Autre exemple, le supermarché danois Wefood fournit un service similaire. Les articles excédentaires sont vendus de 30 à 50 % moins chers que dans les supermarchés normaux. Depuis son ouverture en janvier 2016, la formule s’est avérée un franc succès, captant à la fois le cœur, l’esprit et la bouche du public danois. Il est même prévu d’ouvrir deux autres magasins d’ici 2020. En fait, pour beaucoup de gens, il s’agit d’une façon positive et politiquement correcte d’aborder la question du gaspillage alimentaire.

Au Royaume-Uni, si l’on en croit la récente taxe sur les sacs en plastique  (l’utilisation a chuté de plus de 85 %), des changements significatifs dans le comportement des consommateurs, en masse, sont possibles. À Berlin, le supermarché zéro déchet Original Unverpackt, financé par tous les coopérants, fait passer les choses à la vitesse supérieure. Tout ce qu’ils stockent — savon, vin, pâtes, dentifrice, etc. — est vendu dans de grands contenants. Les consommateurs sont encouragés à éviter les emballages inutiles en remplissant leurs propres pots réutilisables et sacs fourre-tout.

En France, la petite chaîne de magasins Day-by-Day, a également mis en place ce modèle d’achat en gros où le pré-cyclage permet d’éliminer les déchets avant même leur prolifération. Une cliente, à propos de la succursale du 7e arrondissement de Paris, a même souligné : « Super accueil et conseils de Laurent, j’ai apprécié faire mes courses en toute tranquillité avec son aide sans être jugée sur le zéro déchet. Je vous conseille vivement d’y faire un tour! A bientôt . »

Pour sa part, le commerce The Fillery, de Brooklyn, promet des produits alimentaires « bons pour le consommateur et la planète », dont l’objectif principal est de réduire les emballages et les déchets alimentaires, afin de fournir à la communauté, non seulement les outils nécessaires pour vivre de façon plus durable et plus saine, mais aussi la compréhension de la façon de le faire le plus efficacement possible.

À l’ère des achats en ligne et des caisses en libre-service, les supermarchés grand public sont rapidement devenus des espaces sans charme, sans âme et sans convivialité. Avec la fermeture de nombreux points de connexion physiques, les supermarchés pourraient avoir la capacité de générer de la valeur sociale et de renforcer les communautés. Ces nouveaux magasins libèrent ce potentiel. Cependant, certains supermarchés ont décidé de passer à l’action. Le supermarché de Brighton, hisBe, qui dit vouloir « servir les intérêts des personnes et de la communauté d’abord », fonctionne comme une coopérative. Cela signifie que tous leurs profits sont utilisés pour le bénéfice de la communauté plutôt que pour un avantage privé. Avec un slogan qui clame « Nous sommes votre supermarché local. Nous enfreignons toutes les r;gles et réinventons la façon dont les supermarchés font des affaires. Si vous êtes dans le coin, venez voir et sentir nos tomates », il y a là tout un discours environnementaliste qui s’est développé et qui a de bonnes chances d’atteinsre de plus en plus de gens.

En résumé, du soutien aux fournisseurs locaux à l’organisation d’ateliers, d’événements et de projections inclusifs, ces magasins transforment la consommation passive en participation active où les clients peuvent se rencontrer, partager et discuter.

© Texte, Roxane Johnston, 2019
© Photo entête, Day-by-Day

Café et bonheur social

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Boire un café de plus de 7 $/€ préparé par un barista, ne boire que du thé provenant d’une boutique spécialisée, manger un pain bio comportant plus de 18 grains achetés à la boulangerie du coin, se procurer des légumes frais chez le fermier local, être associé à une cause environnementaliste, habiter un loft dans un quartier en plein processus de revitalisation, faire du jogging, fréquenter l’épicerie bio du quartier, manger sainement, manger végétarien ou végétalien, assister à des spectacles de l’avant-garde culturelle, être inscrit au gym, sont tous des comportements qui signalent non pas seulement le statut social, mais signale surtout et avant tout l’appartenance à une certaine classe intellectuelle, instruite et éduquée qui se démarquerait de la moyenne des gens et qui serait en mesure de faire des choix responsables et éclairés, donc des choix qui requièrent un niveau d’instruction que d’autres n’auraient pas.

Pour la chercheuse américaine Elizabeth Currid-Halkett1, une nouvelle élite sociale a fait son apparition : la « classe aspirationnelle » qui fait dans la « consommation discrète » au lieu de celle qui fait dans la « consommation ostentatoire » des décennies précédentes.

Il s’agit d’une élite éduquée qui valorise la connaissance afin de se créer du capital culturel et intellectuel, sans oublier les habitudes de dépenses qui accompagnent ce type de démarcation sociale : services orientés vers le bien-être, la scolarisation et l’investissement en capital humain plutôt qu’en biens purement matériels.

Même si ces choix de consommation n’ont strictement rien à voir avec une consommation ostentatoire, il n’en reste pas moins qu’ils installent les gens dans une classe à part.

Partant de la définition de repère visuel, selon vous, quelles sont les fonctions et les propriétés du repère visuel qui sont ici en jeu ?

© Pierre Fraser (Ph. D.), 2018

[1] Currid-Halkett, E. (2017), The Sum of Small Things: A Theory of the Aspirational Class, Princeton: Princeton University Press.