Environnement

Urgence climatique, entre mythe et réalité (le documentaire)

Publié le Mis à jour le

►  Campagne de sociofinancement du documentaire

Pour agir comme intervenant dans le documentaire

Urgence climatique. Effondrement de la civilisation. Le message est fort. Il est porté par une génération anxieuse de l’avenir de la planète. Le discours catastrophiste fonctionne. Le mode alerte tout en urgence est désormais le type de discours privilégié pour faire avancer la cause du climat. La science du GIEC en est sa caution. D’autre part, il y a tous ceux qui sont disqualifiés par ce discours. Les climatosceptiques seraient les suppôts du capitalisme, les acteurs d’un effondrement civilisationnel inévitable. Pour ces derniers, la science du GIEC est politiquement manipulée. Où se situe au juste le point d’équilibre entre ces deux discours ? C’est ce que ce documentaire cherchera à mettre en lumière. À l’auditeur sera réservé le choix de ses propres positions.

Nous n’en sommes pas à notre premier documentaire en mode sociofinancement et les preuves sont ici, ici, ici et ici. Les tournages ont déjà commencé et se poursuivront jusqu’en juin 2020. La première projection publique aura lieu en octobre ou novembre 2020 dans un lieu qui reste à déterminer.

►  Campagne de sociofinancement du documentaire

Greta Thünberg, que penser d’elle ? le point de vue d’une sociologue

Publié le Mis à jour le

La sociologue Marie-Hélène Deshaies explique en quoi les interventions de Greta Thünberg ont aussi leur place dans un contexte où la jeunesse se mobilise pour la planète.

© Défis Urbains, 2019

Marche pour le climat et justice environnementale

Publié le Mis à jour le

Au Canada, la marche pour le climat se tient le 27 septembre 2019. Il s’agit là d’un moment important, car il met aussi en cause la notion de justice environnementale. Dans cette vidéo, la sociologue Marie-Hélène Deshaies se penche sur la mondialisation du mouvement pour la justice environnementale, le discours et les enjeux, ainsi que sur certaines implications politiques tout comme la compréhension de la justice environnementale.

La justice environnementale renvoie à l’idée que l’exposition à la pollution et à d’autres risques environnementaux est inégalement répartie selon la race et la classe sociale.

© Défis Urbains, 2019
© Photo, Greenpeace France

Et si la climatisation stoppait le changement climatique

Publié le Mis à jour le

La diminution des précipitations augmente le risque d’incendies de forêt, qui dégagent encore plus de dioxyde de carbone. Le réchauffement de l’Arctique pourrait déclencher le dégagement de méthane congelé depuis longtemps, qui réchaufferait la planète encore plus vite que le carbone. Une boucle de rétroaction climatique moins connue, cependant, se trouve probablement à quelques pas du fauteuil de votre salon : le climatiseur. L’utilisation de cet appareil énergivore entraîne des émissions qui contribuent à la hausse des températures mondiales, ce qui signifie que nous utilisons tous davantage la climatisation, ce qui produit plus d’émissions et de réchauffement.

Et s’il était possible de modifier les climatiseurs afin qu’ils puissent extraire le dioxyde de carbone de l’atmosphère à la place ? Selon un nouvel article paru dans Nature Communications, la chose serait faisable. En utilisant la technologie actuellement en développement, les climatiseurs dans les gratte-ciel et même dans nos maisons pourraient être transformés en appareils qui non seulement captent le CO2, mais qui transforment celui-ci en carburant pour alimenter des véhicules qui sont difficiles à électrifier, comme les cargos. Le concept, appelé crowd oil, est encore théorique et fait face à de nombreux défis. Malgré la mouvance hygiéniste qui a gagné presque toute la planète, il se pourrait bien que le pétrole ait sa place dans la lutte contre le changement climatique. Ce cas particulier démontre que, parfois, trop souscrire à un dogmatisme exagéré en matière d’environnement peut nous conduire à mettre de côté des solutions transitoires intéressantes.

Le problème avec les climatiseurs n’est pas seulement qu’ils consomment beaucoup d’énergie, mais qu’ils émettent aussi beaucoup de chaleur. En fait, leur utilisation exacerbe l’effet d’îlot de chaleur des villes — beaucoup de béton absorbe beaucoup de chaleur qu’une ville libère bien après le coucher du soleil.

Pour moderniser un climatiseur afin de capter le CO2 et de le transformer en carburant, il faudrait procéder à une révision en profondeur de ses composants.  Tout d’abord, il faudrait incorporer un filtre qui absorberait le CO2 et l’eau de l’air. Il faudrait également y inclure un électrolyseur pour dépouiller la molécule d’oxygène de H2O pour obtenir le H2, qu’il serait ensuite possible de transformé en CO2 pour obtenir des combustibles hydrocarbonés.

Théoriquement, partout où il y a un climatiseur, existerait la possibilité de fabriquer du carburant synthétique. Toutefois, pour que ce processus soit neutre en carbone, tous les climatiseurs surchauffés devraient être alimentés par des énergies renouvelables, car la combustion du carburant synthétique produirait également des émissions. Pour résoudre ce problème, il est proposé de transformer des bâtiments entiers en panneaux solaires, en les plaçant non seulement sur les toits, mais aussi en recouvrant potentiellement les façades et les fenêtres de panneaux ultra-minces et largement transparents.

Verdir la ville un arbre à la fois
Objectif zéro-déchet

L’extension de la technologie à de nombreux bâtiments et villes pose encore plus de défis. Parmi eux, comment stocker et collecter tout ce combustible accumulé ? L’idée est que les camions rassemblent et transportent les matières jusqu’à une installation, ou que, dans certains cas où la production serait beaucoup  plus importante, de construire des pipelines. Cela signifie à la fois la modernisation d’un grand nombre d’unités de climatisation (dont le coût n’est pas encore clair, puisque la technologie n’est pas encore finalisée) et la mise en place d’une infrastructure pour transporter ce combustible vers l’industrie.

En fait, les hydrocarbures neutres en carbone provenant de l’électricité peuvent aider à résoudre deux de nos plus grands défis énergétiques : la gestion des énergies renouvelables intermittentes et la décarbonisation des parties difficiles à électrifier des transports et de l’industrie. Ce qui est préoccupant, c’est que les technologies à émissions négatives, comme celles sur lesquelles travaille le génie du carbone, et les approches à émissions neutres, comme cette nouvelle approche, détournent l’attention de l’objectif le plus important de la lutte contre les changements climatiques : réduire les émissions, et rapidement. Certains diront que tout l’argent et tout le temps disponible doivent être consacrés au développement de technologies qui permettront à toute industrie ou à tout véhicule de devenir carboneutre ou même carbone négatif.

Ce climatiseur carboneutre n’est pas censé être un remède universel au changement climatique. Après tout, pour qu’il soit vraiment neutre en carbone, il faudrait qu’il fonctionne entièrement à l’énergie renouvelable. L’un des attraits potentiels de ce scénario de capture du carbone est qu’il tente de régler un problème commun auquel sont confrontés les systèmes de climatisation, à savoir que quelqu’un doit payer pour celle-ci. Autrement dit, une entreprise qui capture et enferme son CO2 n’a rien à vendre. Les unités de climatisation qui transforment le CO2 en carburant, cependant, seraient théoriquement accompagnées d’une source de revenus.

Entre-temps, les gens continuent de faire fonctionner leurs climatiseurs énergivores. Pour les populations sensibles comme les personnes âgées, l’accès à la climatisation pendant les vagues de chaleur est une question de vie ou de mort. Par exemple, la vague de chaleur paralysante qui a frappé l’Europe en août 2003 a tué plus de 35 000 personnes, et ce genre d’événements devient de plus en plus fréquent et intense à mesure que la planète se réchauffe dans son ensemble. Un pays désertique comme l’Arabie saoudite consacre d’ailleurs 70 % de son électricité à l’alimentation en courant alternatif ; dans un avenir proche, beaucoup d’autres pays devront imiter l’Arabie saoudite. Donc non, les climatiseurs à capture de carbone ne sauveront pas le monde à eux seuls. Mais ils pourraient jouer un rôle précieux comme source d’énergie renouvelable intermittente pendant que les chercheurs cherchent des moyens d’amener certaines industries et certains véhicules à adopter des comportements écologiques.

Plus encore, comme nous l’avons démontré dans le numéro « Électrification des transports » (Défis urbains, vol. 1, n° 1), nous assistons présentement à un changement de paradigme majeur qui obligera les villes et les gouvernements à investir massivement dans de nouvelles infrastructures pour soutenir un développement à l’aune des propositions de la mouvance environnementaliste.

Source : Nature Communicatios

Recyclage, la nouvelle donne après la rebuffade de la Chine

Publié le Mis à jour le

Au cours des derniers mois, la couverture médiatique a dépeint la politique de la Chine comme une crise du recyclage dans toutes les municipalités des États-Unis. Depuis le début de 2018, la Chine a interdit de nombreux matériaux de rebut et n’en a pas accepté d’autres à moins qu’ils ne respectent un taux de contamination extrêmement strict de 0,5 %. (Les taux de contamination des matières recyclables américaines avant triage varient d’un endroit à l’autre, mais peuvent atteindre 25 % ou plus.) Cette décision reflète la volonté de la Chine de recycler davantage ses déchets domestiques. Auparavant, la Chine était la destination d’environ 40 % du papier, du plastique et d’autres matières recyclables des États-Unis.

Cette rebuffade de la Chine a fait des vagues sur le marché mondial des produits recyclables. Les changements en Chine ont détourné de nombreux matériaux vers les pays de l’Asie du Sud-Est, dont les ports n’étaient pas prêts à les recevoir en si grand nombre. La Thaïlande, le Vietnam et la Malaisie ont commencé à adopter leurs propres restrictions.

Entre-temps, de nombreux programmes municipaux de recyclage aux États-Unis ont souffert. En janvier, Philadelphie envoyait la moitié des matières recyclables collectées directement à l’incinérateur. Minneapolis a cessé d’accepter les plastiques noirs. Marysville, au Michigan, n’acceptera plus huit des onze catégories d’articles (y compris le verre, les journaux et le papier mélangé) pour le recyclage à la source, afin de réduire les coûts. Deltona, en Floride, a complètement arrêté le ramassage sur le trottoir.

De nombreuses organisations de recyclage et de gestion des déchets solides, ainsi que l’EPA des États-Unis, ont consacré des ressources et du personnel afin de trouver des solutions pour aider à soutenir le recyclage ici aux États-Unis. L’EPA, qui a généralement laissé le leadership en matière de recyclage aux gouvernements locaux, a tenu son tout premier sommet sur le recyclage en novembre 2018.

Alors que des centres de recyclage ont fermé leurs portes à certains endroits, comme dans la région de Birmingham, en Alabama et en Californie, des programmes ailleurs intensifient leurs efforts pour réduire les niveaux de contamination dans le bac de recyclage en informant les résidents sur leur rôle dans le processus de recyclage. Cet accent mis sur la sensibilisation suggère qu’il incombe davantage aux citoyens d’arrêter de jeter tous les articles dans les poubelles et de commencer à s’en débarrasser d’une manière plus informée et délibérée.

Prenons l’exemple des sacs en plastique. Alors que la plupart des chaînes d’épicerie acceptent les sacs de plastique aux fins de recyclage, la plupart des programmes municipaux de recyclage ne le font pas. Pourtant, les sacs en plastique se retrouvent souvent dans les bacs de recyclage. L’erreur est si répandue que Washington, D.C., a envoyé par la poste des cartes postales aux résidents leur demandant de ne pas mettre de sacs de plastique dans le bac de recyclage. (D.C. n’imprime que deux types d’envois chaque année pour le recyclage, l’un avec un aperçu et l’autre axé sur une question particulière.)

Washington D.C. a également mis sur pied un programme pilote avec le Recycling Partnership afin de fournir une rétroaction en bordure des rues aux résidents. Sur une route, le personnel a laissé une note pour les résidents qui avaient des sacs de plastique dans leur bac de recyclage. Un autre itinéraire était le contrôle, et le personnel n’a pas laissé d’étiquettes. Le parcours qui a permis aux résidents d’obtenir une rétroaction sous forme d’étiquettes a connu une baisse de 19 % des sacs de plastique au cours des deux dernières semaines. La route de contrôle ? Une augmentation des sacs de 2 %.

L’étiquetage systématique est une stratégie importante dans les moyens disponibles, parce qu’il s’agit d’une intervention ciblée visant à réduire les niveaux élevés de contamination dont souffrent de nombreuses municipalités alors qu’elles tentent de mettre leurs balles de matières recyclables sur le marché. Les programmes de recyclage en Virginie centrale, à El Paso, à Tampa Bay et dans le comté d’Orange, en Floride et à Phoenix suivent tous l’impact du marquage sur la contamination.

La nécessité d’approches systématiques pour réduire la contamination est évidente. Même si les Américains recyclent plus que jamais, ils ne sont pas toujours certains de ce que leur programme de recyclage local accepte ou non. De plus en plus, ces erreurs peuvent être coûteuses pour les municipalités qui essaient de vendre les matières recyclables en balles. Et, bien sûr, pour s’assurer qu’encore plus de matières ne se retrouvent pas dans les sites d’enfouissement ou dans l’incinérateur.

Taux de recyclage et de compostage des déchets solides municipaux (DSM), 1960 à 2015

Ce qui peut et ne peut pas être recyclé, ainsi que la façon dont les matières recyclables sont triées, diffèrent selon l’endroit où vous vivez. Le comté de Montgomery, par exemple, a un modèle à deux flux. Les résidents doivent trier leurs matières recyclables en deux groupes : les matières mélangées (bouteilles, canettes et contenants) et le papier mixte (carton et papier). Par contre, dans le cadre d’une approche à flux unique, les résidents jettent toutes les matières recyclables domestiques dans une seule poubelle, séparée seulement des déchets non recyclables. D.C. a un système à flux unique.

Alors que le recyclage à double flux permet de commencer le processus de tri avant que les déchets n’atteignent l’installation, le recyclage à flux unique est pratique parce que les gens peuvent tout mettre dans le même bac. Entre 2005 et 2014, le modèle à flux unique est passé de 29 % des communautés américaines à 80 %, selon un sondage. Cela peut amener les gens à mettre des bacs plus pleins pour la collecte, mais l’adoption du recyclage à flux unique a également entraîné des taux de contamination plus élevés.

Certaines collectivités sont en train de revenir à un système à double flux pour tenter de réduire la contamination. Sinon, ils espèrent que les citoyens pourront prendre de meilleures décisions en matière de recyclage. Ecomaine, un organisme sans but lucratif qui traite le recyclage dans plus de 70 collectivités du Maine selon un modèle à flux unique, a récemment embauché un nouvel éducateur pour informer les résidents sur ce qui est recyclable, ce qui ne l’est pas et pourquoi.

Dans le Maryland, la politique de la Chine n’a pas conduit le comté de Montgomery à cesser de recycler quoi que ce soit. Il continue de tirer des revenus de tous les matériaux qu’il recycle, à l’exception du verre cassé de couleur mixte, qu’il paie pour recycler parce qu’il a peu de valeur. Le comté vend la majorité de ses balles sur le marché intérieur. Plus d’une douzaine d’usines de papier nord-américaines ont annoncé une nouvelle capacité de traitement du papier recyclé, bien qu’il faudra attendre quelques années avant qu’elles ne soient entièrement opérationnelles.

Quoi qu’il en soit, il existe des stratégies que les programmes locaux peuvent utiliser, séparément ou en combinaison, pour continuer à recycler les déchets. Le changement de politique de la Chine ne représente peut-être pas tant la fin du recyclage tant redoutée aux États-Unis qu’un point d’inflexion et d’innovation.

© Texte, Nicole Javorsky
© Photo entête, Nicole Javorsky

 

 

Londres taxe lourdement les vieilles voitures polluantes

Publié le Mis à jour le

Les rues du centre de Londres sont sur le point de mettre en place certaines des mesures anti-pollution les plus sévères de toutes les grandes villes.

Lundi le 15 avril 2019, la zone à très faibles émissions de la ville est entrée en vigueur, facturant 12,50 £ (16,40 $) à toute personne qui y pénètre au volant d’une voiture à essence construite avant 2006. Ce droit s’ajoutera au droit de congestion actuel de 11,50 £ (15,10 $), ce qui signifie que les conducteurs de véhicules plus anciens devront payer un montant substantiel de 24 £ (31,50 $) pour chaque jour passé dans cette zone.

Et ce n’est pas tout. Les règles seront encore plus strictes pour les véhicules diesel, ainsi que pour les camions et les autobus privés qui utilisent du diesel ou du gaz. Toute voiture à moteur diesel construite avant 2015 devra payer la redevance, tandis que les autobus et camions construits avant 2015 devront payer £100 ($131.30). Les redevances rendront essentiellement la conduite de véhicules plus anciens et plus polluants financièrement non viable sur une base régulière. En d’autres termes, ils sont si élevés, qu’ils constituent en fait une interdiction douce — une interdiction qui, selon Transport for London, touchera jusqu’à 40 000 voitures, 19 000 fourgonnettes, 2 000 camions et 700 autobus privés.

Ce qui rend ces plans encore plus frappants, c’est que la zone à très faibles émissions (ULEZ) n’est que le début. L’interdiction dans le centre de Londres n’est que la première étape d’un plan en deux étapes échelonné,  et elle s’avérera probablement beaucoup moins controversée que ce qui va suivre.

L’ULEZ du centre de Londres ne sera pas exempt de controverse, mais son introduction sera peut-être plus harmonieuse parce qu’il s’appuie sur les redevances déjà en place. Couvrant l’actuel périmètre de l’actuelle zone de congestion de Londres, l’ULEZ inaugurée le lundi 15 avril 2019 sera opérationnelle dans une partie de la ville où les conducteurs londoniens ont payé pour entrer depuis 2003. Cela rend la première étape un peu plus facile, notamment parce que la technologie d’application est déjà en place. Les caméras installées le long du périmètre de la zone vérifient les plaques d’immatriculation par rapport aux données indiquant qui a payé les frais, et les amendes sont envoyées à tout véhicule tenu de payer qui ne l’a pas fait dans un délai d’une semaine. Cette taxe a déjà eu un effet majeur sur les habitudes de conduite à Londres, en réduisant le nombre de véhicules privés sur les routes londoniennes de sorte qu’ils constituent désormais une part minoritaire du parc de véhicules routiers dans son ensemble.

Malgré tout, la mesure n’a pas été suffisante. La taxe d’encombrement n’a pas encore réussi à dissuader les véhicules utilitaires. Grâce à l’augmentation des achats en ligne et des services d’appel radio, ces véhicules se sont multipliés dans les rues du centre de Londres au point que la congestion a une fois de plus dépassé les niveaux de péage avant la congestion. L’ajout d’une taxe supplémentaire pour les véhicules les plus polluants du centre de Londres n’est pas garanti pour réduire la congestion, mais il pourrait bien exercer une pression financière sur les entreprises pour s’assurer que les véhicules qu’elles utilisent soient plus propres et donc moins dangereux pour la santé des citoyens.

La pollution de Londres ne se limite toutefois pas au centre-ville. Certains des endroits les plus insalubres de la ville se trouvent à l’extérieur de la nouvelle ULEZ, dans des zones fortement résidentielles. Et même avec ces nouvelles taxes rigoureuses, la nouvelle zone couvre une proportion bien moindre de la superficie de Londres que la zone de congestion de Stockholm, qui, elle, couvre les deux tiers de la ville. L’interdiction des véhicules polluants à Paris, quant à elle, couvre l’ensemble de la ville du Périphérique, un périmètre de 2,2 millions d’habitants. Pour vraiment aider les Londoniens à respirer plus facilement, la ville doit aller beaucoup plus loin que ce plan.

La bonne nouvelle, c’est que Londres le fera. En 2021, l’ULEZ sera étendu aux routes circulaires nord et sud, des rocades intérieures dont les frontières abritent la majeure partie de la population du Grand Londres. Elle deviendra alors (à moins que des plans ne soient annoncés ailleurs dans l’intervalle) la zone de conduite contrôlée la plus vaste et la plus peuplée du monde.

La mesure est impressionnante, mais ça pourrait être politiquement très compliqué. Il se peut que les conducteurs de voitures plus anciennes aient déjà arrêté de rouler dans le centre de Londres, et qu’ils ne remarquent donc pas nécessairement le changement apporté par l’ULEZ. La zone étendue en 2021, cependant, couvrira un grand nombre de foyers, y compris des zones de logements à faible densité où la possession et l’utilisation d’une voiture sont assez courantes. Dans une ville où les médias nationaux basés à Londres peuvent être extrêmement hostiles à toute restriction à la conduite et où les habitants des quartiers périphériques sont moins enclins à voter pour le maire Sadiq Khan, cela peut prêter à controverse, d’autant plus que le coût du remplacement des vieux véhicules par de nouveaux véhicules affectera de façon disproportionnée les conducteurs à faible revenu.

Conscient de cela, le maire Khan propose des mesures pour faciliter la transition. Plus tard en 2019, la ville lancera un fonds de 25 millions de livres sterling (32,8 millions de dollars) pour aider les Londoniens à faible revenu à remplacer leurs vieilles voitures par des véhicules plus neufs et plus propres. Les propriétaires de voitures anciennes seront exonérés, car ils paient déjà une taxe sur les véhicules historiques, tandis que les résidents de l’ULEZ du centre de Londres pourront demander une exonération totale jusqu’à l’automne 2021. Même avec ces accommodements, la mairie de Londres pourrait encore se battre.

Les raisons pour lesquelles elle doit persévérer sont flagrantes : la qualité de l’air à Londres s’améliore graduellement, mais 2 millions de citoyens vivent encore dans des zones où l’air est très pollué. Dans toute l’Angleterre, le nombre de décès dus à l’asthme a fortement augmenté, tandis que de nouvelles recherches publiées au printemps 2019 ont révélé que le nombre de décès liés à la pollution en Europe est, à 800 000 par an, le double du taux supposé précédemment.

Cette prise de conscience internationale croissante a été renforcée au niveau local par des recherches alarmantes qui ont montré que la pollution atmosphérique à Londres entrave la capacité pulmonaire des enfants. Le public est de plus en plus conscient du problème, en partie grâce au cas en cours et largement couvert d’Ella Kissi-Debrah, une petite Londonienne de 7 ans, décédée des suites de multiples crises d’asthme en 2013 et dont la mère a mené avec succès une seconde enquête pour déterminer si son décès était directement lié à la pollution.

L’ULEZ pourrait compliquer les choses pour les conducteurs et, à mesure que le programme prendra de l’expansion, il pourrait bien se heurter à de la résistance. En réduisant la pollution, elle permettra néanmoins de sauver des vies, peut-être même un bon nombre.

© Texte, Fergus O’Sullivan
© Photo entête, Great London Authority

 

Incinération, biométhanisation et digestat

Publié le

Le biologiste et chercheur Claude Villeneuve de la Chaire de recherche en éco-conseil et de l’organisme Carbone Boréal nous explique quelels sont les différences entre incinération, biométhanisation et digestat, et quels en sont les avantages et désavantages de chacun des procédés.

La chaîne de recyclage du verre, un exemple de durabilité

Publié le Mis à jour le

La chaîne de recyclage du verre est en fait un cercle dans lequel les contenants reprennent vie à l’infini. Contrairement à d’autres composants, le verre peut être recyclé dans son intégralité, à 100%. C’est un parfait exemple de durabilité et d’économie circulaire.

En quoi consiste la chaîne de recyclage du verre ?

  1. Des citoyens engagés et des professionnels de la restauration recyclent le verre dans un contenant vert. Sans eux, le processus ne peut pas commencer.
  2. La collecte sélective commence alors. Grâce au tri des déchets initié par le citoyen, les entreprises spécialisées dans le transport de conteneurs en verre collectent les déchets dans des camions spéciaux dédiés à ce seul matériau.
  3. Les contenants arrivent aux usines de traitement, l’endroit où le verre devient une ressource précieuse. C’est là que les impuretés telles que les bouchons, les débris métalliques ou plastiques sont éliminés et que la céramique, la porcelaine ou le verre sont retirés des assiettes, tasses ou verres. Ces trois éléments ne doivent jamais être recyclés avec le verre en raison de leur composition différente. Tout le verre est finalement broyé et séparé par des couleurs à l’aide de machines, ce qui permet d’obtenir de la calcine, la matière première qui aidera à donner une nouvelle vie au verre.
  4. La calcine est transférée aux usines de vitrail ou d’emballage. C’est là que la vraie magie se produit. De petits morceaux de verre sont fondus dans des fours à haute température. La goutte de verre est moulée et transformée en un nouveau contenant sans perdre sa qualité ou ses propriétés d’origine.
  5. Les entreprises acquièrent ces nouveaux conteneurs et le processus d’emballage commence. Ces entreprises inscrivent sur leurs étiquettes le point vert, ce qui signifie qu’elles respectent la loi sur le financement du recyclage des emballages.
  6. Enfin, le produit fini arrive dans les magasins, les restaurants et les foyers, mais la chaîne de recyclage du verre ne s’arrête pas là. Il peut être répété un nombre incalculable de fois.

Quels sont les avantages du recyclage du verre ?

Recycler le verre, c’est préserver la nature. Grâce à ce procédé, on évite l’extraction de nouvelles matières premières et l’érosion du sol, on empêche la croissance des décharges, on minimise les émissions de CO2 dans l’atmosphère, et on économise de l’énergie qui serait autrement dédiée à la fabrication de nouveaux emballages. Bref, le recyclage du verre, c’est lutter contre le changement climatique.

© Texte, Roxane Johnston, 2019
© Photo entête, El Païs

Vert, bio et zéro déchet, l’essor du supermarché éthique

Publié le Mis à jour le

Dans les supermarchés qui bannissent le plastique, luttent contre le gaspillage alimentaire et nourrissent les affamés, il y a là une tendance de fond qui n’est pas à négliger.

Partout dans le monde, une nouvelle vague de supermarchés à faible impact nous encourage à repenser notre consommation de produits et à nous engager écologiquement dans nos propres espaces publics locaux.

Les pionniers derrière ces entreprises locales cherchent un nouveau modèle économique, un modèle qui défend la communauté, embrasse l’environnement, et remplace le consumérisme aveugle par l’empathie et la compassion pour l’environnement. Ils prônent le commerce et l’approvisionnement de proximité, interdisent les sacs de plastique, n’installent pas de caisses en libre-service, minimisent les emballages, éliminent les déchets de façon drastique, réduisent autant que faire se peut leur empreinte carbone.

Par exemple, les supermarchés britanniques jettent chaque année au moins 115 000 tonnes de nourriture en parfait état, tandis que plus de 8 millions de personnes luttent pour mettre de la nourriture sur leur table. Le Real Junk Food Project s’attaque à ce paradoxe honteux. Depuis 2012, il s’assure que la nourriture arrive dans les mains de ceux qui ont faim, plutôt que dans le fond des poubelles. Après avoir lancé un réseau de cafés payants dirigés par des bénévoles, ils ont étendu leur modèle d’économie de surplus à l’atelier, ouvrant l’un des premiers supermarchés de déchets alimentaires, dans un entrepôt situé à Leeds. Bien que l’« antisupermarché » aide principalement les personnes à faible revenu, les responsables du projet croient qu’il devrait être accessible à tous. En fait, si on dispose d’un environnement inclusif, on diminue d’autant la stigmatisation sociale, parce qu’il faut ne jamais oublier que se nourrir est un droit humain fondamental.

Autre exemple, le supermarché danois Wefood fournit un service similaire. Les articles excédentaires sont vendus de 30 à 50 % moins chers que dans les supermarchés normaux. Depuis son ouverture en janvier 2016, la formule s’est avérée un franc succès, captant à la fois le cœur, l’esprit et la bouche du public danois. Il est même prévu d’ouvrir deux autres magasins d’ici 2020. En fait, pour beaucoup de gens, il s’agit d’une façon positive et politiquement correcte d’aborder la question du gaspillage alimentaire.

Au Royaume-Uni, si l’on en croit la récente taxe sur les sacs en plastique  (l’utilisation a chuté de plus de 85 %), des changements significatifs dans le comportement des consommateurs, en masse, sont possibles. À Berlin, le supermarché zéro déchet Original Unverpackt, financé par tous les coopérants, fait passer les choses à la vitesse supérieure. Tout ce qu’ils stockent — savon, vin, pâtes, dentifrice, etc. — est vendu dans de grands contenants. Les consommateurs sont encouragés à éviter les emballages inutiles en remplissant leurs propres pots réutilisables et sacs fourre-tout.

En France, la petite chaîne de magasins Day-by-Day, a également mis en place ce modèle d’achat en gros où le pré-cyclage permet d’éliminer les déchets avant même leur prolifération. Une cliente, à propos de la succursale du 7e arrondissement de Paris, a même souligné : « Super accueil et conseils de Laurent, j’ai apprécié faire mes courses en toute tranquillité avec son aide sans être jugée sur le zéro déchet. Je vous conseille vivement d’y faire un tour! A bientôt . »

Pour sa part, le commerce The Fillery, de Brooklyn, promet des produits alimentaires « bons pour le consommateur et la planète », dont l’objectif principal est de réduire les emballages et les déchets alimentaires, afin de fournir à la communauté, non seulement les outils nécessaires pour vivre de façon plus durable et plus saine, mais aussi la compréhension de la façon de le faire le plus efficacement possible.

À l’ère des achats en ligne et des caisses en libre-service, les supermarchés grand public sont rapidement devenus des espaces sans charme, sans âme et sans convivialité. Avec la fermeture de nombreux points de connexion physiques, les supermarchés pourraient avoir la capacité de générer de la valeur sociale et de renforcer les communautés. Ces nouveaux magasins libèrent ce potentiel. Cependant, certains supermarchés ont décidé de passer à l’action. Le supermarché de Brighton, hisBe, qui dit vouloir « servir les intérêts des personnes et de la communauté d’abord », fonctionne comme une coopérative. Cela signifie que tous leurs profits sont utilisés pour le bénéfice de la communauté plutôt que pour un avantage privé. Avec un slogan qui clame « Nous sommes votre supermarché local. Nous enfreignons toutes les r;gles et réinventons la façon dont les supermarchés font des affaires. Si vous êtes dans le coin, venez voir et sentir nos tomates », il y a là tout un discours environnementaliste qui s’est développé et qui a de bonnes chances d’atteinsre de plus en plus de gens.

En résumé, du soutien aux fournisseurs locaux à l’organisation d’ateliers, d’événements et de projections inclusifs, ces magasins transforment la consommation passive en participation active où les clients peuvent se rencontrer, partager et discuter.

© Texte, Roxane Johnston, 2019
© Photo entête, Day-by-Day

Objectif Zéro-Déchet (sociofinancement)

Publié le

Pour participer à la campagne de sociofinancement

Résumé du projet
Le Mouvement pour une ville Zéro-Déchet, composé de plusieurs citoyens-nes engagés de la Ville de Québec poursuit sa démarche qui est de convaincre la Ville d’adopter une politique Zéro-Déchet, comme plusieurs autres villes canadiennes et nord-américaines l’ont déjà fait. Une telle politique doit mettre en pratique les 5 R-V : repenser notre consommation et notre gestion des matières ; réduire les déchets à la source ; réutiliser les matières ; recycler les matières ; revaloriser et éliminer les matières.

Notre documentaire a donc pour mission, dans un premier temps, de faire le tour de la question, et dans un deuxième temps, de fournir des outils à tous ceux qui désirent entreprendre le même type de démarche.

 

Pigeons et soupe Campbell aux tomates

Publié le Mis à jour le

►  Art urbain

Visuellement parlant, cette photo de pigeons dans l’environnement d’une boite géante de soupe Campbell aux tomates est de l’insolite en contexte, c’est-à-dire que la réalité visuelle se construit toujours à partir de contrastes. Cette œuvre artistique, située dans le Parc de la Pointe-aux-lièvres à Québec a ceci d’intéressant, qu’elle remet en question nos propres construits visuels. Tout d’abord, une boite de soupe Campbell ne mesure pas 3 mètres de haut, et les pigeons, quant à eux, ne font pas 2 mètres de haut. Tout, dans cette construction visuelle, défie les normes visuelles d’un objet de consommation courant, la boite de soupe, tout comme elle défie visuellement la hauteur réelle d’un pigeon qui ne fait pas plus de 30 centimètres.

Autre point intéressant à souligner, il y a là deux repères visuels forts, l’un culturel et l’autre citadin : la boîte de soupe Campbell renvoie à l’œuvre d’Andy Warhol, tandis que les pigeons renvoient à cet oiseau urbain très présent dans les villes et qui occupe la plupart du temps les quartiers centraux. De plus, comme les pigeons sont souvent considérés comme des vidangeurs publics

N’importe quelle ville de taille moyenne regorge de pigeons qui semblent manger la moindre miette de nourriture que les gens laissent dans les places publiques à leur intention. Si la ville regorge de pigeons, pourquoi retrouve-t-on si peu de leurs cadavres au cœur des villes ? Si on voulait faire une réponse courte, on pourrait dire qu’ils se retrouvent tous au Paradis des pigeons, à moins qu’ils n’aient été de mauvais oiseaux, auquel cas ils hurleront dans une poisse bouillante dans l’Enfer des pigeons.

La réponse longue se résume, pour sa part, au fait que la vie d’un pigeon est brutale et courte, cinq ans tout au plus à l’état sauvage, et que lorsqu’ils meurent, leurs cadavres deviennent rapidement un véritable festin pour tous les charognards qui patrouillent la ville pour s’en repaître. De plus, étant donné que la couleur du plumage d’un pigeon se fond facilement pour l’œil humain avec celui de l’environnement urbain, leurs cadavres passent quasi inaperçus, mais deviennent toutefois très visibles pour tous les autres prédateurs de la ville en quête d’un bon repas. En somme, si les pigeons nettoient les places publics en mangeant tout ce qui s’y trouve, leurs prédateurs naturels nettoient la ville en mangeant leurs cadavres.

© Pierre Fraser (Ph. D.), sociologue / 2018 / texte et photos

►  Art urbain

Zéro-déchet, une mode ou une tendance de fond ?

Publié le Mis à jour le

« Zéro-déchet » semble être un mot à la mode en ce moment, mais que représente au juste ce concept ? Bien que sa définition diffère d’une personne à l’autre,  la mouvancet zéro déchet exige essentiellement que les gens produisent le moins de déchets possible.

Cela peut ressembler à une lutte pénible et sans fin dans un monde qui rend les choses si difficiles par une consommation qui semble effrénée. Nos supermarchés ont des fruits et légumes emballés dans du plastique, presque toutes les boissons gazeuses sont dans des bouteilles en plastique. On nous offre même des sacs en plastique pour y ranger nos provisions en vrac. Comme le rapporte le magazine Smithsonian, les sacs d’épicerie en plastique,  les contenants à emporter et même les serviettes de table sales ne peuvent être recyclés la plupart du temps, même s’ils sont faits de papier.

Il n’est donc pas facile d’essayer d’éviter le gaspillage. Cela demande un certain effort, mais quelques changements simples au mode de vie peuvent vraiment aider. Avoir une bouteille d’eau réutilisable en métal au lieu d’acheter de l’eau dans des bouteilles en plastique peut réduire vos déchets. Apporter des sacs fourre-tout lors de voyages de magasinage, acheter des vêtements d’occasion et composter les déchets alimentaires sont tous des moyens efficaces de réduire les déchets en général.

Et les entreprises sont en train de prendre conscience de l’intérêt nécessaire pour la durabilité. Au lieu d’utiliser des contenants ou des sacs en plastique, les clients sont encouragés à venir avec leurs propres contenants et à faire le plein de produits en vrac. Il y a aussi des compagnies cosmétiques comme Ethique, la première marque de produits de beauté sans déchets au monde, qui ont créé des articles de toilette solides et qui n’ont donc pas besoin d’utiliser de plastique.

Que nous signale au juste le concept de zéro-déchet ?

Pour les tenants de la mouvance environnementaliste, chacun devrait faire ce qu’il peut (dans la mesure de ses moyens) lorsqu’il s’agit de mener une vie plus durable et écologique (la vertu environnementale). Nous aurions tous la responsabilité d’aider à protéger la planète avant qu’il ne soit trop tard. C’est un peu comme si l’humanité était la gardienne de la planète, et qu’elle devait remettre à leur place tous ces pollueurs qui dégradent les écosystèmes.

S’occuper de la planète et trouver des moyens de lutter contre le changement climatique sont des sujets qui font l’objet d’un débat permanent, mais l’action en faveur du climat occupe une place centrale en ce moment. Et cette position n’est ni triviale ni banale, car elle engage à la fois les individus et les institutions, ce qui implique que l’argent des contribuables sera largement mobilisé pour appliquer les propositions environnementalistes.

En attendant que les gouvernements investissent massivement pour éviter l’extinction de l’humanité et l’effondrement écologique, chacun a donc un rôle à jouer dans la protection de la planète, mais s’il est parfois difficile de savoir quoi faire au quotidien, au-delà du recyclage, pour aider à résoudre ce problème urgent. En ce sens, il se pourrait bien qu’un mode de vie sans déchets pourrait être le changement que tous doivent impérativement introduire dans leurs vies. C’est ce que suggère le concept de zéro-déchet.

Comme en toutes choses, les concepts possèdent cette propriété à être récupérés à des fins politiques. Par exemple, le mouvement Extinction Rebellion — un mouvement social international créé en 2018 visant à susciter un changement radical, par le biais d’actions directes et d’une résistance non violente, afin de limiter le réchauffement climatique et de minimiser le risque d’extinction de l’humanité et d’effondrement écologique —, qui fait essentiellement dans le catastrophisme et l’alarmisme, a manifesté pendant plus de 10 jours en avril 2019 au centre de Londres. Les grèves de jeunes à travers le monde, avec en tête d’affiche, Greta Thünberg — « Elle peut voir du gaz carbonique (CO2) à l’œil nu. Elle le voit sortir des cheminées et transformer l’atmosphère en dépotoir » affirme sa mère  dans son livre intitulé Scènes du cœur, notre vie pour le climat —, et le mouvement Black Lives Matter, qui proteste continuellement contre le racisme environnemental, semblent indiquer que ce problème ne va pas disparaître et qu’il faudra la participation de tous pour le résoudre.

À cette enseigne, selon le National Geographic, 40 % de tout le plastique produit est un emballage qui n’est utilisé qu’une seule fois puis jeté, et 18 milliards de livres de déchets plastiques sont déversés dans les océans chaque année. Et comme la BBC rapporte que 8 300 millions de tonnes de plastique ont été produites au total, la moitié de ce plastique a été fabriqué au cours des 13 dernières années et, de tous les plastiques qui ont été jetés, seulement 9 % environ ont été recyclés, il est donc impératif de recycler, chacun à son échelle.

La calamythologie

Pour le chercheur André Desrochers, du Département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval, « un autre écueil à l’essor du mouvement environnementaliste est cette obsession à présenter la planète comme un bac rempli d’ordures en putréfaction, prêtant le flanc à toutes sortes de calamités. Je suis las de ces médias qui se complaisent à présenter la planète comme un malade en phase terminale (« il est minuit moins cinq », tout en se gardant bien sûr un petit « mais il n’est pas trop tard pour agir »). Comme plusieurs environnementalistes et citoyens ordinaires, j’ai longtemps pensé que nous courrions à notre perte à la vitesse grand V. Mais je suis de plus en plus surpris de voir cette planète se moquer de nos scénarios catastrophistes. Lire les manchettes fatalistes des quotidiens des années 70 à ce sujet ou encore le toujours divertissant Paul « la fin du monde » Ehrlich est éclairant. Je ne suis pas seul, de nombreuses personnes qui se sont penchées sur les problèmes environnementaux pendant des années arrivent au même constat : la fin du monde tarde à se pointer. Crier au loup sans cesse, voilà une autre cause de la profonde indifférence de la population envers les environnementalistes. »

Finalement, plus « la fin du monde tarde à se pointer », plus les catastrophistes et les alarmistes deviennent de plus en plus catastrophistes et alarmistes. C’est une voie sans issue. Il est possible d’avoir des convictions environnementales et même être de droite, sans pour autant verser dans l’apocalypse permanente.

En fait, il est possible de mettre en pratique le concept zéro-déchet sans penser que l’économie est une vaste conspiration contre la planète, ni sans verser dans la calamythologie.

Yvon Roché, urbaniste / Vancouver