pollution

Londres taxe lourdement les vieilles voitures polluantes

Publié le Mis à jour le

Les rues du centre de Londres sont sur le point de mettre en place certaines des mesures anti-pollution les plus sévères de toutes les grandes villes.

Lundi le 15 avril 2019, la zone à très faibles émissions de la ville est entrée en vigueur, facturant 12,50 £ (16,40 $) à toute personne qui y pénètre au volant d’une voiture à essence construite avant 2006. Ce droit s’ajoutera au droit de congestion actuel de 11,50 £ (15,10 $), ce qui signifie que les conducteurs de véhicules plus anciens devront payer un montant substantiel de 24 £ (31,50 $) pour chaque jour passé dans cette zone.

Et ce n’est pas tout. Les règles seront encore plus strictes pour les véhicules diesel, ainsi que pour les camions et les autobus privés qui utilisent du diesel ou du gaz. Toute voiture à moteur diesel construite avant 2015 devra payer la redevance, tandis que les autobus et camions construits avant 2015 devront payer £100 ($131.30). Les redevances rendront essentiellement la conduite de véhicules plus anciens et plus polluants financièrement non viable sur une base régulière. En d’autres termes, ils sont si élevés, qu’ils constituent en fait une interdiction douce — une interdiction qui, selon Transport for London, touchera jusqu’à 40 000 voitures, 19 000 fourgonnettes, 2 000 camions et 700 autobus privés.

Ce qui rend ces plans encore plus frappants, c’est que la zone à très faibles émissions (ULEZ) n’est que le début. L’interdiction dans le centre de Londres n’est que la première étape d’un plan en deux étapes échelonné,  et elle s’avérera probablement beaucoup moins controversée que ce qui va suivre.

L’ULEZ du centre de Londres ne sera pas exempt de controverse, mais son introduction sera peut-être plus harmonieuse parce qu’il s’appuie sur les redevances déjà en place. Couvrant l’actuel périmètre de l’actuelle zone de congestion de Londres, l’ULEZ inaugurée le lundi 15 avril 2019 sera opérationnelle dans une partie de la ville où les conducteurs londoniens ont payé pour entrer depuis 2003. Cela rend la première étape un peu plus facile, notamment parce que la technologie d’application est déjà en place. Les caméras installées le long du périmètre de la zone vérifient les plaques d’immatriculation par rapport aux données indiquant qui a payé les frais, et les amendes sont envoyées à tout véhicule tenu de payer qui ne l’a pas fait dans un délai d’une semaine. Cette taxe a déjà eu un effet majeur sur les habitudes de conduite à Londres, en réduisant le nombre de véhicules privés sur les routes londoniennes de sorte qu’ils constituent désormais une part minoritaire du parc de véhicules routiers dans son ensemble.

Malgré tout, la mesure n’a pas été suffisante. La taxe d’encombrement n’a pas encore réussi à dissuader les véhicules utilitaires. Grâce à l’augmentation des achats en ligne et des services d’appel radio, ces véhicules se sont multipliés dans les rues du centre de Londres au point que la congestion a une fois de plus dépassé les niveaux de péage avant la congestion. L’ajout d’une taxe supplémentaire pour les véhicules les plus polluants du centre de Londres n’est pas garanti pour réduire la congestion, mais il pourrait bien exercer une pression financière sur les entreprises pour s’assurer que les véhicules qu’elles utilisent soient plus propres et donc moins dangereux pour la santé des citoyens.

La pollution de Londres ne se limite toutefois pas au centre-ville. Certains des endroits les plus insalubres de la ville se trouvent à l’extérieur de la nouvelle ULEZ, dans des zones fortement résidentielles. Et même avec ces nouvelles taxes rigoureuses, la nouvelle zone couvre une proportion bien moindre de la superficie de Londres que la zone de congestion de Stockholm, qui, elle, couvre les deux tiers de la ville. L’interdiction des véhicules polluants à Paris, quant à elle, couvre l’ensemble de la ville du Périphérique, un périmètre de 2,2 millions d’habitants. Pour vraiment aider les Londoniens à respirer plus facilement, la ville doit aller beaucoup plus loin que ce plan.

La bonne nouvelle, c’est que Londres le fera. En 2021, l’ULEZ sera étendu aux routes circulaires nord et sud, des rocades intérieures dont les frontières abritent la majeure partie de la population du Grand Londres. Elle deviendra alors (à moins que des plans ne soient annoncés ailleurs dans l’intervalle) la zone de conduite contrôlée la plus vaste et la plus peuplée du monde.

La mesure est impressionnante, mais ça pourrait être politiquement très compliqué. Il se peut que les conducteurs de voitures plus anciennes aient déjà arrêté de rouler dans le centre de Londres, et qu’ils ne remarquent donc pas nécessairement le changement apporté par l’ULEZ. La zone étendue en 2021, cependant, couvrira un grand nombre de foyers, y compris des zones de logements à faible densité où la possession et l’utilisation d’une voiture sont assez courantes. Dans une ville où les médias nationaux basés à Londres peuvent être extrêmement hostiles à toute restriction à la conduite et où les habitants des quartiers périphériques sont moins enclins à voter pour le maire Sadiq Khan, cela peut prêter à controverse, d’autant plus que le coût du remplacement des vieux véhicules par de nouveaux véhicules affectera de façon disproportionnée les conducteurs à faible revenu.

Conscient de cela, le maire Khan propose des mesures pour faciliter la transition. Plus tard en 2019, la ville lancera un fonds de 25 millions de livres sterling (32,8 millions de dollars) pour aider les Londoniens à faible revenu à remplacer leurs vieilles voitures par des véhicules plus neufs et plus propres. Les propriétaires de voitures anciennes seront exonérés, car ils paient déjà une taxe sur les véhicules historiques, tandis que les résidents de l’ULEZ du centre de Londres pourront demander une exonération totale jusqu’à l’automne 2021. Même avec ces accommodements, la mairie de Londres pourrait encore se battre.

Les raisons pour lesquelles elle doit persévérer sont flagrantes : la qualité de l’air à Londres s’améliore graduellement, mais 2 millions de citoyens vivent encore dans des zones où l’air est très pollué. Dans toute l’Angleterre, le nombre de décès dus à l’asthme a fortement augmenté, tandis que de nouvelles recherches publiées au printemps 2019 ont révélé que le nombre de décès liés à la pollution en Europe est, à 800 000 par an, le double du taux supposé précédemment.

Cette prise de conscience internationale croissante a été renforcée au niveau local par des recherches alarmantes qui ont montré que la pollution atmosphérique à Londres entrave la capacité pulmonaire des enfants. Le public est de plus en plus conscient du problème, en partie grâce au cas en cours et largement couvert d’Ella Kissi-Debrah, une petite Londonienne de 7 ans, décédée des suites de multiples crises d’asthme en 2013 et dont la mère a mené avec succès une seconde enquête pour déterminer si son décès était directement lié à la pollution.

L’ULEZ pourrait compliquer les choses pour les conducteurs et, à mesure que le programme prendra de l’expansion, il pourrait bien se heurter à de la résistance. En réduisant la pollution, elle permettra néanmoins de sauver des vies, peut-être même un bon nombre.

© Texte, Fergus O’Sullivan
© Photo entête, Great London Authority

 

Zéro-déchet, une mode ou une tendance de fond ?

Publié le Mis à jour le

« Zéro-déchet » semble être un mot à la mode en ce moment, mais que représente au juste ce concept ? Bien que sa définition diffère d’une personne à l’autre,  la mouvancet zéro déchet exige essentiellement que les gens produisent le moins de déchets possible.

Cela peut ressembler à une lutte pénible et sans fin dans un monde qui rend les choses si difficiles par une consommation qui semble effrénée. Nos supermarchés ont des fruits et légumes emballés dans du plastique, presque toutes les boissons gazeuses sont dans des bouteilles en plastique. On nous offre même des sacs en plastique pour y ranger nos provisions en vrac. Comme le rapporte le magazine Smithsonian, les sacs d’épicerie en plastique,  les contenants à emporter et même les serviettes de table sales ne peuvent être recyclés la plupart du temps, même s’ils sont faits de papier.

Il n’est donc pas facile d’essayer d’éviter le gaspillage. Cela demande un certain effort, mais quelques changements simples au mode de vie peuvent vraiment aider. Avoir une bouteille d’eau réutilisable en métal au lieu d’acheter de l’eau dans des bouteilles en plastique peut réduire vos déchets. Apporter des sacs fourre-tout lors de voyages de magasinage, acheter des vêtements d’occasion et composter les déchets alimentaires sont tous des moyens efficaces de réduire les déchets en général.

Et les entreprises sont en train de prendre conscience de l’intérêt nécessaire pour la durabilité. Au lieu d’utiliser des contenants ou des sacs en plastique, les clients sont encouragés à venir avec leurs propres contenants et à faire le plein de produits en vrac. Il y a aussi des compagnies cosmétiques comme Ethique, la première marque de produits de beauté sans déchets au monde, qui ont créé des articles de toilette solides et qui n’ont donc pas besoin d’utiliser de plastique.

Que nous signale au juste le concept de zéro-déchet ?

Pour les tenants de la mouvance environnementaliste, chacun devrait faire ce qu’il peut (dans la mesure de ses moyens) lorsqu’il s’agit de mener une vie plus durable et écologique (la vertu environnementale). Nous aurions tous la responsabilité d’aider à protéger la planète avant qu’il ne soit trop tard. C’est un peu comme si l’humanité était la gardienne de la planète, et qu’elle devait remettre à leur place tous ces pollueurs qui dégradent les écosystèmes.

S’occuper de la planète et trouver des moyens de lutter contre le changement climatique sont des sujets qui font l’objet d’un débat permanent, mais l’action en faveur du climat occupe une place centrale en ce moment. Et cette position n’est ni triviale ni banale, car elle engage à la fois les individus et les institutions, ce qui implique que l’argent des contribuables sera largement mobilisé pour appliquer les propositions environnementalistes.

En attendant que les gouvernements investissent massivement pour éviter l’extinction de l’humanité et l’effondrement écologique, chacun a donc un rôle à jouer dans la protection de la planète, mais s’il est parfois difficile de savoir quoi faire au quotidien, au-delà du recyclage, pour aider à résoudre ce problème urgent. En ce sens, il se pourrait bien qu’un mode de vie sans déchets pourrait être le changement que tous doivent impérativement introduire dans leurs vies. C’est ce que suggère le concept de zéro-déchet.

Comme en toutes choses, les concepts possèdent cette propriété à être récupérés à des fins politiques. Par exemple, le mouvement Extinction Rebellion — un mouvement social international créé en 2018 visant à susciter un changement radical, par le biais d’actions directes et d’une résistance non violente, afin de limiter le réchauffement climatique et de minimiser le risque d’extinction de l’humanité et d’effondrement écologique —, qui fait essentiellement dans le catastrophisme et l’alarmisme, a manifesté pendant plus de 10 jours en avril 2019 au centre de Londres. Les grèves de jeunes à travers le monde, avec en tête d’affiche, Greta Thünberg — « Elle peut voir du gaz carbonique (CO2) à l’œil nu. Elle le voit sortir des cheminées et transformer l’atmosphère en dépotoir » affirme sa mère  dans son livre intitulé Scènes du cœur, notre vie pour le climat —, et le mouvement Black Lives Matter, qui proteste continuellement contre le racisme environnemental, semblent indiquer que ce problème ne va pas disparaître et qu’il faudra la participation de tous pour le résoudre.

À cette enseigne, selon le National Geographic, 40 % de tout le plastique produit est un emballage qui n’est utilisé qu’une seule fois puis jeté, et 18 milliards de livres de déchets plastiques sont déversés dans les océans chaque année. Et comme la BBC rapporte que 8 300 millions de tonnes de plastique ont été produites au total, la moitié de ce plastique a été fabriqué au cours des 13 dernières années et, de tous les plastiques qui ont été jetés, seulement 9 % environ ont été recyclés, il est donc impératif de recycler, chacun à son échelle.

La calamythologie

Pour le chercheur André Desrochers, du Département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval, « un autre écueil à l’essor du mouvement environnementaliste est cette obsession à présenter la planète comme un bac rempli d’ordures en putréfaction, prêtant le flanc à toutes sortes de calamités. Je suis las de ces médias qui se complaisent à présenter la planète comme un malade en phase terminale (« il est minuit moins cinq », tout en se gardant bien sûr un petit « mais il n’est pas trop tard pour agir »). Comme plusieurs environnementalistes et citoyens ordinaires, j’ai longtemps pensé que nous courrions à notre perte à la vitesse grand V. Mais je suis de plus en plus surpris de voir cette planète se moquer de nos scénarios catastrophistes. Lire les manchettes fatalistes des quotidiens des années 70 à ce sujet ou encore le toujours divertissant Paul « la fin du monde » Ehrlich est éclairant. Je ne suis pas seul, de nombreuses personnes qui se sont penchées sur les problèmes environnementaux pendant des années arrivent au même constat : la fin du monde tarde à se pointer. Crier au loup sans cesse, voilà une autre cause de la profonde indifférence de la population envers les environnementalistes. »

Finalement, plus « la fin du monde tarde à se pointer », plus les catastrophistes et les alarmistes deviennent de plus en plus catastrophistes et alarmistes. C’est une voie sans issue. Il est possible d’avoir des convictions environnementales et même être de droite, sans pour autant verser dans l’apocalypse permanente.

En fait, il est possible de mettre en pratique le concept zéro-déchet sans penser que l’économie est une vaste conspiration contre la planète, ni sans verser dans la calamythologie.

Yvon Roché, urbaniste / Vancouver