LE CORPS ROBUSTE ET EN SANTÉ

Le corps, au début de la Renaissance est aussi corps collectif, voué aux famines, à la peste, aux guerres récurrentes et aux violences quotidiennes. Il s’agit d’une vision commune « qui fait du corps charnel un sac d’os, à la fois vulgaire et respectable, vision qui stimule des angoisses religieuses et des actes de revanche sociale[1]. » C’est un corps dont les moindres mouvements sont périls et promesses tout comme avertissements divins. Les dérèglements du corps sont des manquements envers l’ordre naturel des choses, là où « sont tapies les sollicitations, inquiétudes et contingences du corps, de la maladie, de la souffrance et de la mort[2]. » La moindre entorse à cet ordre universel se paie dans la chair et dans l’esprit. La restauration du corps malade, quant à elle, passe par « les dispositions et les vertus naturelles des sols, des boues, des plantes et des métaux[3]. » En somme, la nature est médiatrice pour le corps, car le corps est à la fois terre, eau, air et feu, tout comme l’univers.

Cette vidéo transporte l’analyse de la condition physique au cœur de la Renaissance, une période charnière où l’humanisme redéfinit la place du corps. L’art et la science de cette époque prônent l’harmonie entre l’esprit et la matière, réhabilitant l’exercice physique, l’hygiène de vie et la robustesse anatomique comme fondements indispensables de l’épanouissement humain.

Sujets abordés :

  • Condition physique et robustesse à la Renaissance.
  • Hygiène de vie globale.
  • Activité physique ciblée.
  • Nutrition et équilibre.
  • Prévention et santé durable.

Vers le milieu du XVe siècle, de la soumission du corps aux forces invisibles et souterraines du monde, le corps passe graduellement, avec les avancées de la médecine, à la soumission aux aléas de son environnement dans un « décor quotidien voué à la pénurie et à l’accumulation des corps, des choses, des bêtes et des mauvaises odeurs[4] », où l’espace public est approprié par les déjections intimes, humaines ou animales, tout comme par les déjections des bouchers, des équarrisseurs et des tanneurs. Tout en étant soumis aux aléas visibles de son environnement, le corps de la Renaissance n’en est pas moins engagé dans un double processus de démantèlement et de reconstitution. Démantèlement, dans le sens où il y a un début de compréhension du fonctionnement du corps avec la dissection. Reconstitution, dans le sens où le démantèlement du corps permet de le recaler objectivement dans la grande architecture de l’univers et engage une nouvelle façon de le décrire et de l’interpréter. En somme, le corps n’est plus donné une fois pour toutes par une quelconque autorité divine : il peut être refaçonné, modifié et transformé par l’homme, discours qui traversera tous les siècles à venir et qui constituera, au XXIe siècle, le socle du discours transhumanisme. Il y a donc cette idée qui émerge qu’il serait possible de fabriquer un corps tel qu’on le désire par la gymnastique.

Deux publications majeures contribueront à ce renversement des valeurs : le De Humani Corporis Fabrica de Vésale dont les minutieuses observations anatomiques fonderont une nouvelle nomenclature du corps, et le De Arte Gymnastica de Mercurialis dont les énoncés feront de la gymnastique « une sorte de médicament, de panacée, pour bien portants ou pour convalescents[5]. » Il y aura aussi cette logique protestante qui cherche à valoriser le travail, à purifier le corps par l’activité physique pour l’éloigner d’autant de l’oisiveté. L’avocat et antiquaire Guillaume Du Choul (1496-1560) dira par ailleurs à ce sujet : « Il ne se trouve chose, qui tant entretienne la bonne santé que l’exercitation […] Il ne se trouve chose, qui rende tant hébété le corps que la paresse, qui hâte la vieillesse, et le labeur qui rend la longue jeunesse[6]. »


[1] Pellegrin, N. (2005), « Corps du commun, usages communs du corps », Histoire du corps. Tome 1. De la Renaissance aux Lumières, Paris : Seuil, coll. Points / Histoire, p. 123.

[2] Idem., p. 75.

[3] Idem., p. 74.

[4] Idem., p. 157.

[5] Gleyse, J. (2007), La fabrication du corps par l’exercice à l’Âge classique : discours, pratique ou transgression d’un interdit ?, IUFM de Montpellier : Université de Montpellier II, p. 10.

[6] Du Choul, G. ([1567] 1672), Discours de la religion des anciens Romains ; de la castremation et discipline militaire d’iceux ; des bains et antiques excitations Grecques et Romaines, Awesel : André de Hoogenuyse, Imprimeur de la ville, p. 21.

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