EXERCICE OU MÉDICAMENTS ?

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L’idée de réappropriation, de transformation et de purification du corps par l’exercice est déjà en germe dans de nombreux ouvrages à partir du milieu du XVIe siècle. Il y a tout d’abord Rabelais et son Gargantua qui pratique l’équitation, la lutte, la natation et la gymnastique sous toutes ses formes. L’anatomiste Jean Valverde (1525-1588), dans son ouvrage De Animis et Corporis Sanitate, publié en 1552, reproduit les connaissances et savoirs antiques de Galène et d’Hippocrate à propos de l’exercice.

Jérôme de Monteux de Mérybel (1518-1559), dans son ouvrage Commentaire de la conservation de la santé et de la prolongation de la vie, consacre un chapitre entier à l’exercice qu’il intitule De l’exercice, de l’oisiveté et de leurs différences. Le juriste Pierre du Faure de Sain Jorry (1540-1600) publie, en 1592, un ouvrage portant sur les Jeux olympiques de la Grèce antique dans lequel il traite des techniques athlétiques des gymnastes. Le médecin Laurent Joubert (1529-1583) publie, en 1582, De la gymnastique et de tous genres d’exercices chez les auteurs antiques célèbres1 dans lequel il propose une taxonomie quasi exhaustive des exercices physiques et de leurs impacts sur la santé. Simon de Vallambert (1537-1565), médecin personnel de la Duchesse de Savoie de Berry, quant à lui, en 1565, cherche à réaliser l’éducation intégrale à travers son ouvrage, en cinq tomes, intitulé De la manière de nourrir et de gouverner les enfants dès leur naissance en proposant l’activité physique et le mouvement.

Avec toutes ces publications, l’ère du mouvement est en marche. Elles fédèrent, pour la première fois, sous une taxinomia scientifique du mouvement, une certaine vision du corps en santé. Comme l’avait repéré Michel Foucault dans Les mots et les choses2, il y a là une volonté avouée de classer le mouvement, de le décortiquer, de l’analyser, mais aussi celle d’identifier les exercices les mieux adaptés à l’entretien ou à l’amélioration de la santé, et d’agir sur le corps de façon préventive.

À ce titre, Mercurialis (1530-1606), en 1569, avec la publication de son De arte gymnastica en six volumes, suggérait déjà, tout comme l’avaient reconnu Galien et Avicenne, que les exercices sont préférables aux médicaments. Il dira à ce sujet : « L’art de la gymnastique fut autrefois estimé d’un grand prix ; il est maintenant obscur et presque anéanti. J’entreprends de le remettre au jour3 » en distinguant tout particulièrement la gymnastique médicale de la gymnastique militaire et athlétique, c’est-à-dire qu’il faut que les exercices pratiqués par les deux autres types de gymnastique puissent profiter à la gymnastique médicale et que la gymnastique profite à la santé et non au plaisir populaire ou à l’activité guerrière. Pour Mercurialis, une gymnastique médicale est avant tout une gymnastique savante, qui connaît les effets des exercices sur le corps et ses humeurs. Il y a aussi, en creux, l’idée que la gymnastique est préventive et que par un exercice soutenu et régulier il est possible d’acquérir la santé et la maintenir.

Dès lors, la gymnastique ne se donne jamais comme finalité, à savoir, un corps achevé une fois pour toutes, mais bel et bien un corps dans un devenir constant qu’il faudrait atteindre. Et cette vision qu’adopte Mercurialis est peut-être la plus achevée que la Renaissance porte sur le corps. D’ailleurs, la publication, en 1567, de son célèbre De Arte Gymnastica, redéfinit systématiquement le regard porté sur le corps, d’où cette obligation d’une rééducation du corps et de l’esprit par la gymnastique de l’Antiquité réadaptée au goût du jour à des fins curatives ; le mouvement devient ce par quoi il est désormais possible de comprendre le corps, de le refaçonner, de le dynamiser.


1 Titre original : De gymnasis et generis exercitationum apud antiquas celebricum.

2 Foucault, M. (1966), Les mots et les choses, Paris : Gallimard.

3 Mercurialis, H. ([1565] 1601), De arte gymnastica, 4e éd., Venise, p. 214.

Durant la Renaissance, la médecine délaisse le fatalisme pour adopter une approche proactive. Le corps humain, perçu comme une horlogerie complexe, se trouve rationalisé et discipliné par l’activité physique. La prescription d’exercices variés remplace peu à peu les remèdes chimiques pour prévenir la maladie.